Macronie et Gôchunie sont dans un Bateau, …

… Macronie tombe à l’eau lors des élections législatives, qu’est-ce qui reste?

Gôchunie? Ben non, même pas. Jean-Luc Mélenchon a appelé à la formation d’un groupe unique de la gauche à l’Assemblée Nationale. Las, Verts, Socialistes et Communistes ont poliment refusé, chacun reprenant ses billes, concédant tout juste un « intergroupe ». Feu la NUPES, donc, efficace machine à sauvegarder/conquérir des circonscriptions mais fondamentalement invertébrée, et pour cause. Le mois dernier je me résignais à voter pour un ou une représentant(e) de ce truc mais, coup de bol, s’offrait à mon suffrage une candidate des Radicaux de Gauche et, plus de quarante ans après avoir voté Michel Crépeau, je me suis dit ben tiens, pourquoi pas. Et lors du deuxième tour j’ai voté blanc. Mais j’en connais quelques unes et quelques uns parmi vous qui se sont pris au jeu du « tous ensemble, tous ensemble, tous », moyennant l’ingestion de quelques couleuvres pour celles et ceux que le souverainisme et le jacobinisme mélenchoniens incommodent. Vous avez cru voter pour un programme de gouvernement, vous avez simplement entériné un nouveau rapport de forces à gauche en faveur de la « France Insoumise » – mais c’est tout ce que Verts et Socialistes méritaient, voir article précédent. Exeunt par ailleurs les Macroniens, donc, de la salle des commandes car ils n’obtiennent pas la majorité absolue. Et notons que voilà la France décrétée « ingouvernable » par des démocrates en peau de lapin qui n’ont que les mots « débat » et « concertation » à la bouche mais ne supportent pas le parlementarisme. Passons, l’essentiel est ailleurs.

L’essentiel, c’est le crépuscule du « récit national » qu’ont pu se raconter les Français(es) à travers leur scène politique ces dernières décennies. Une belle histoire faite de programmes, de « visions », de « priorités », etc… qui se confrontaient à intervalles réguliers. Une belle histoire faite d’hommes ou de femmes providentiel(le)s se targuant de maîtriser toutes les manettes d’un pays de 544 000 km2 et de 67 millions d’habitants (hors outremer) et de le diriger à leur guise ou presque. Moyennant la mobilisation d’un appareil d’état fortement centralisé, moyennant également la mobilisation d’appareils politiques et d’élu.e.s partageant et nourrissant les orientations de la personnalité se présentant à l’élection présidentielle. Seulement voilà: de réformes institutionnelles (quinquennat, modification du calendrier des législatives) en aléas politiques (hyper-présidentialisation sous Sarkozy, revirements idéologiques sous Hollande, « affaires » diverses et variées), le tout sur fond de mondialisation, de dérégulations tous azimuts et d’amaigrissement de l’appareil d’état, les grands appareils politiques qui structuraient la vie démocratique ont perdu de leur légitimité. De ces chamboulements a émergé le pouvoir d’un Emmanuel Macron qui, volens nolens, incarne une triple transformation politique: personnalisation à outrance, action publique et discours sur l’action publique passés à la moulinette d’une « culture » managériale mondialisée, soutien d’un appareil politique – fait pour partie de transfuges opportunistes – dont le rôle se limite à bafouiller des « éléments de langage » concoctés au palais de l’Elysée. C’est ce modèle qui a explosé en vol lors des dernières élections législatives, bousculé par la contestation polymorphe d’un pouvoir qui se contente de la « position du gestionnaire ». Ce que la majorité de moins d’un(e) électeur(trice) sur deux a signifié au président fraîchement réélu, c’est que son néo-Giscardisme à peine assumé ne pouvait tenir lieu de boussole… Tandis que 54% de l’électorat a estimé qu’une élection nationale ne méritait pas (ou plus) de sacrifier 15 à 30 minutes tous les cinq ans. Quant aux 46%: référendum anti-Jupiter ou désir d’un certain « ré-enchantement » du politique? Les deux sans doute, mon général. Dans un cas comme dans l’autre, c’est l’exercice démocratique en lui-même qui a perdu de son sens: être « contre Macron » ne constitue pas en soi une orientation politique et « ré-enchanter », à droite comme à gauche, le politique à coup de slogans vagues et/ou de projets non-priorisés, éventuellement contradictoires, voire financés à coups de « inch’Allah » c’est un peu léger pour revendiquer ou défendre un mandat.

Sauf lorsqu’on mobilise un « récit national » substantiel, en rupture assumée avec celui servi à l’électorat depuis une soixantaine d’années: nourri de fantasmes historiques façon Mallet & Isaac, glorifiant un passé colonial et guerrier, arc-bouté sur une version essentialiste et homogénéisante de l' »identité nationale », farouchement hostile à toute forme de métissage, ce « récit » vient opportunément combler, pour une part grandissante de l’électorat, le vide vertigineux, en termes de représentations, d’un appareil de pouvoir démonétisé. Ce « récit » c’est bien sûr celui du Rassemblement National, aiguillonné de surcroît par le furoncle Zemmourien et les pustules de la « fachosphère ». 89 élu-e-s au compteur, soit 17 de plus que la bruyante « France Insoumise » et 19 de mieux que la droite qu’on appelait « parlementaire » il y a encore trois jours, excusez du peu. Cette déferlante ne vient pas de nulle part: sur fond de chômage de masse et d’accroissement des inégalités, il aura fallu la dégénérescence neuronale et/ou la trahison des sociaux-démocrates, l’intransigeance stérile de l’écologie politique à la française, les gesticulations d’une gau-gauche plus ou moins intello, nourrie de Bourdieusisme, de déconstruction multilatérale et de post-colonialisme – donc infoutue de parler aux « petits blancs » de plus de 25 ans, il aura fallu la danse du ventre d’une « droite décomplexée » reprenant les refrains de Le Pen pour égayer ses fantasmes néo-libéraux. Il aura fallu, enfin, l’avènement d’un Emmanuel Macron qui a fait l’économie des corps intermédiaires et cru qu’il suffisait de juxtaposer les PowerPoint de McKinsey et la symbolique régalienne pour signifier l’exercice d’un pouvoir légitime.

Macronie et Gôchunie étaient dans un bateau, donc, Macronie est tombée à l’eau et Gôchunie est retournée au néant dont elle n’aurait jamais dû sortir. Qu’est-ce qui reste? Il reste l’orque désormais assez costaude pour renverser définitivement cette coquille de noix qui s’est longtemps prise pour un porte-avions. Pour peu que la gauche reste aussi con et la droite aussi cynique, ou inversement.

Ciao, belli

3 réflexions sur “Macronie et Gôchunie sont dans un Bateau, …

  1. Hello Riwal,
    Pas sûr de bien suivre et comprendre tous tes raisonnements. A titre personnel j’ai voté LREM au 1er et 2ème tours des législatives (candidat réélu). Mais paradoxe j’ai voté JLM au 1er tour de la présidentielle car je ne voulais pas d’un duel EM contre MLP. Et je pense ne pas être le seul à avoir fait cela. Depuis deux jours, c’est la gueule de bois. On est un peu dans la merde. EM va tenter de gouverner un an en forçant le trait sur les blocages des uns et des autres. Et je parie qu’il dissout au bout d’un an. Quant au RN vaste sujet. En fait après EM et LREM en 2027, cela va être une guerre de succession sanglante. LFI ou RN pourrait en profiter. Qui des deux serait le premier à la fonction suprême ? Je ne sais pas mais ils le seront l’un après l’autre. MLP a fait une campagne intelligente depuis 2012. Déjà elle parlait de pouvoir d’achat avec le prix de l’essence. Elle s’est planté en 2017, n’a pas su se sublimer en 2022. Elle gagne aujourd’hui les fruits de son changement de cap. Moins d’euro et d’Europe, moins de sécuritaire, moins d’immigration et le paquet sur le pouvoir d’achat. Par les temps qui courent c’était le bon filon. La politique est une chose trop sérieuse pour la laisser aux mains des électeurs. La démocratie est le pire des systèmes mais on n’a que celui-là
    Tu votes en France ? Tu as gardé une adresse ? Comment se passe la retraite en Suisse ?

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    • Hello Gilles, en gros mon raisonnement c’est que le sytème politique français est en fin de course, le macronisme ayant juste été le dernier clou du cercueil. En fait depuis que Sarko a institué onze circo des Français de l’Etranger je vote en Suisse aux législatives, comme pour la présidentielle et les européennes. La retraite se passe bien, je viens de finir ma première année de Bachelor en Sciences Po à l’Université de Genève: une carte étudiant, en attendant la carte vermeille!

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  2. merci la fumeuse arnaque de la Nupes et le harakiri des sociaux-démocrates; les conditions sont désormais réunies pour voir le Pen élue en 2027… Comment un tel désastre peut-il encore être évité?

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