La Gôchunie 3.0

Hosanna au plus haut des cieux, réjouis-toi, ô Peuple-de-gauche : Insoumis, Ecologistes, Communistes et Socialistes veulent bien se prendre par la main et entamer ensemble la grande sarabande des élections législatives françaises du mois de Juin prochain. Il y eut le Programme Commun, la Gauche Plurielle, voici aujourd’hui la Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale. Alleluia voici la NUPES, un acronyme superbe, une trouvaille presqu’aussi réjouissante que celle de la coalition législative de la droite en 1988, qui crut bon de se baptiser Union du Rassemblement et du Centre – URC! Toute cette affaire a été rondement menée, sous la houlette d’un Jean-Luc Mélenchon ayant largement dominé ses concurrents de gauche lors du premier tour de l’élection présidentielle – imposante locomotive à laquelle se sont donc attelés des wagons riquiqui. Pour quoi faire? Officiellement, tous ces gens qui se traitent de tous les noms depuis des années se sont mis d’accord sur un « programme de gouvernement » si d’aventure les électeurs-trices les amenaient aux portes du pouvoir. Nous y reviendrons. Mais plus prosaïquement, ils ont convenu de qui se présenterait dans quelle circonscription comme candidat.e représentant l’ensemble des signataires de l’accord – sous réserve bien entendu que n’émergent, ici ou là, quelques « dissident.e.s » et/ou des sortant.e.s un peu colère d’avoir été écarté.e.s du jeu. Toujours est-il que dans la plupart des cas, électeurs et électrices auront principalement à choisir entre la droite (Macroniste et/ou canal historique), l’extrême-droite et la NUPES.

Un choix auquel je serai confronté, donc, et qui se résume à mes yeux entre, respectivement : attraper une grippe saisonnière, contracter une peste bubonique ou avaler une bouillie indigeste. Je choisirai cette dernière, en me pinçant le nez, presque autant que lorsque j’ai voté Chirac en 2002 ou Macron quinze et vingt ans plus tard. Car soyons sérieux cinq minutes – laissons de côté les communistes, ex-filiale à la dérive d’une maison-mère faillie il y a plus de trente ans, l’URSS – et constatons la désolante évidence : écologistes et socialistes ont signé un « accord de gouvernement » non vraiment entre eux mais sous l’égide d’une formation dont l’ambition est de les faire disparaître. Hallucinant.

Lorsque fut élu, en 2017, le petit génie enfanté du ventre (a priori désormais infécond) d’un François Hollande apôtre de la « compétitivité », la social-démocratie était à terre… « Verts » et « Roses » avaient cinq ans devant eux pour réinventer une gauche aux ambitions régulatrices plutôt qu’éradicatrices de l’économie de marché, une gauche pro-européenne. Cinq ans pour articuler une perspective critique à la fois du néo-libéralisme et du souverainisme. Cinq ans pour se mettre d’accord sur un programme, un vrai. Seulement voilà: il y a que le champ politique français est dominé par l’élection présidentielle et donc par des enjeux de « leadership », qui structurent la vie des partis. Et tandis qu’au parti socialiste, depuis le dévastateur tsunami « hollandais » (lire ici-même Flanby le Destructeur), il y a beaucoup de chefs et peu d’indiens, chez Europe-Ecologie-les-Verts on a historiquement la phobie de tout ce qui dépasse du « collectif ». Ce qui n’a pas empêché les un.e.s et les autres de se tirer la bourre pour se désigner des têtes d’affiches respectives. Car en France, et singulièrement à gauche, on n’aime rien tant que le « combat des idées » : on n’imagine pas que la moindre nuance idéologique se soit pas représentée dans la course électorale (la France est sans doute la seule démocratie au monde où concourent simultanément deux voire trois candidat.e.s trotskistes) et cette course est moins vue comme un effort de conquête du pouvoir que comme une scène où chaque histrion peut lancer sa tirade. Une tirade chimiquement pure, a priori exempte de tout compromis avec une formation concurrente. Or toute action politique est, dans les faits, le résultat de compromis, c’est ce que des démocraties matures comme l’Allemagne ou la Suisse ont largement intégré dans leurs processus politiques. Mais il est des compromis qui sont plus imaginables que d’autres, qui ne sont pas des compromissions, dès lors qu’on a en partage un certain nombre d’éléments essentiels.

Or, par exemple, la nécessité de dépasser le cadre des états-nations européens pour s’attaquer avec un minimum d’efficience aux défis climatiques, sociaux et sécuritaires est ce que j’appelle un élément essentiel… que « Verts » et « Roses » ont justement en partage. Il y en a d’autres, mais celui-là, précisément, les distingue fondamentalement, radicalement, irrémédiablement de la formation de Jean-Luc Mélenchon, nonobstant de formelles et vagues convergences sur le social avec les « Insoumis ».

Alors présenter à nos suffrages cette NUPES, cet attelage de circonstance qui prétend s’être aligné sur un « programme de gouvernement » c’est tout simplement prendre les gens pour des cons. Je ne peux en vouloir à Mélenchon et ses affidés, dont la cohérence politique et l’intelligence tactique sont tout simplement exemplaires – 22% des suffrages ne s’obtiennent pas par hasard. Par contre on ne saurait souffrir l’incommensurable bêtise collective d’EELV et du PS, qui sous prétexte de désaccords sur la politique énergétique ou agricole, ont cru malin d’aller se présenter séparément devant les électeurs et électrices. Et qui finissent malgré tout dans une même aventure, faisant des risettes de nains au colosse qui les tient en laisse en attendant de les bouffer.

J’aime ces mots qu’on attribue à Winston Churchill après les accords de Munich en 1938: « Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur, et vous aurez la guerre ». Toutes proportions gardées. Mais quand même.

See you, guys

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