Lettre à S.M. Mohammed VI, Roi du Maroc

Votre Majesté,

Si je me permets de m’adresser à vous aujourd’hui c’est que le pays dont je suis citoyen, la France, est fort embarrassé, et qu’il se pourrait bien que vous puissiez lui donner un petit coup de main. Laissez-moi vous expliquer.

Il ne vous aura pas échappé que, depuis pas mal d’années, la « question musulmane » agite fortement médias, réseaux sociaux, intellectuels ou prétendus tels et politiques de tous bords, dans le Dar-al-Koufr hexagonal. Et s’il ne s’agissait que d’invectives, de noms d’oiseaux, d’éditoriaux enflammés, d’affirmations péremptoires et d’anathèmes… Mais le sang coule, pas seulement l’encre. Il y a quelques jours Samuel Paty, un professeur de géographie, a été égorgé par un islamiste, pour avoir évoqué et montré des caricatures de Mahomet, dans le cadre d’un cours d’éducation civique. Et les premiers éléments de l’enquête diffusés dans la presse laissent entendre qu’un personnage a joué un rôle central dans la réaction en chaîne, réseaux sociaux aidant, ayant amené un illuminé à la cervelle de piaf à commettre cet assassinat: Abdelhakim Sefrioui. Cet islamiste radical, qui se prétend membre d’un obscur « Conseil des Imams de France » est surtout un agitateur professionnel, antisémite patenté ayant fait campagne avec Dieudonné, Frère Musulman proche du Hamas, sous surveillance de la flicaille depuis des années. Ayant soutenu et assisté le parent d’élève s’étant bruyamment insurgé contre le cours donné par le professeur, il a diffusé force videos dénonçant ce dernier. C’est pourquoi il est actuellement en garde à vue dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat. Sera-t’il mis en examen? Pour quel délit ou crime? A l’heure où je vous écris, Votre Majesté, nul ne le sait. S’il se retrouve officiellement mis en cause et si sa responsabilité est prouvée, il se peut bien qu’il écope d’un certain nombre d’années de prison. Mais quoiqu’il en soit, que ce soit hors ou dans les murs du système carcéral, sa place sera en France. Car ce monsieur, né à Fès en 1959, a acquis la nationalité française par mariage. Il ne peut donc être expulsé dans son pays d’origine, dont vous êtes le souverain. Et, pour ne rien vous cacher: mise en examen ou pas, culpabilité ou pas, je crois pouvoir vous affirmer que nous sommes très nombreux, de droite ou de gauche, croyants ou athées, « de souche » ou pas, à nous dire qu’il faudrait fermer le clapet de cet énergumène mortifère. Mais comment faire lorsqu’on se réclame de la défense de l’état de droit et, précisément, de la liberté d’expression? C’est ici, Votre Majesté, que vous pourriez peut-être mettre votre grain de sel. Sans vous commander.

Il y bientôt 55 ans, le 29 Octobre 1965, je ne vous apprendrai rien, votre père organisait le kidnapping à Paris, devant la brasserie Lipp, de Mehdi Ben Barka. Ce fut la dernière fois où cet homme fut aperçu en vie. Tout porte à croire qu’Hassan II n’avait aucune intention d’éliminer Ben Barka, son ancien précepteur devenu un bruyant opposant du « makhzen », à l’audience internationale, simplement de le ramener au Maroc. Seulement voilà: l’opération, menée par le général Oufkir (ce qui d’ailleurs n’a pas aidé son karma) avec l’appui de policiers mais aussi de truands français, un petit coup de pouce du Mossad et la bénédiction de la CIA, a mal tourné. L’hypothèse la plus probable est qu’Oufkir ait « interrogé » Ben Barka un peu trop fort et là, crac, l’accident bête. Bien sûr cette histoire fit scandale, mais au final, « patrie des Droits de l’Homme » ou pas, la France officielle, celle des ministres, des flics et des juges, ne se démena pas outre-mesure pour démêler cet écheveau. L’image de votre royaume et de son souverain n’en sortit pas grandie, mais cette histoire ne mit pas le Maroc au ban des nations, loin s’en faut. Bref, Votre Majesté, vous voyez où je veux en venir: si d’aventure vous prenait l’envie de réduire au silence cet indigne sujet marocain en l’éloignant de son petit business de merde de ce côté de la Méditerranée, si par conséquent vos services voulaient fêter le 55ème anniversaire du 29 Octobre 1965 en kidnappant Abdelhakim Sefrioui quelque part et bien, comment dire… On peut gager qu’ils seraient peu nombreux, ceux qui y trouveraient quelque chose à redire. Pas moi, en tout cas. Et cela va sans dire: pas la peine de confier le bazar à une brute épaisse comme Oufkir, manquerait plus qu’il passe pour un martyr, ce con.

Je sais ce que vous allez me dire: « Vous voulez encore que les Marocains se tapent le sale boulot, comme à Monte Cassino en 1943? Vous voulez garder les fesses propres, avec votre putain d’état de droit, et sous-traiter les coups fourrés? ». Je vous répondrai que certes, ce n’est pas très héroïque. C’était juste une idée, comme ça. Ayant vécu deux ans dans votre royaume, je sais que, gouvernement des « frères » du PJD ou pas, les islamistes radicaux y sont surveillés comme le lait sur le feu, pas un prêche du vendredi qui ne soit visé par le ministre concerné, et gare à l’imam qui jouerait au con. Commandeur des Croyants, vous n’avez ni comptes à rendre, ni rien à prouver aux Tartuffes islamistes. Alors je me disais que vous pourriez considérer que ce Fassi (même à moitié Françaoui), avec sa grande gueule, faisait du tort à l’image de votre peuple et de votre pays. Que de surcroît ses diatribes semblent avoir eu l’heur de toucher le coeur d’un jeune con d’origine Tchétchène. Un Tchétchène, rendez-vous compte un peu, Votre Majesté, un Tchétchène comme les dizaines de fous-furieux qui ont lancé l’été dernier à Dijon, à l’encontre de Français d’origine marocaine, la plus vaste « ratonnade » qu’on ait vue depuis la guerre d’Algérie… Et puis après tout: si le Maroc a pu s’inventer une « raison d’Etat » au sujet de Ben Barka, un intellectuel brillant, il ne devrait pas trop avoir à se forcer avec un imbécile comme Sefrioui. En tout cas il est à peu près certain que les autorités françaises ne dépenseraient pas trop d’énergie à retrouver ce « citoyen » perdu.

La justice ne se prononcera sans doute jamais vraiment sur la sordide barbouzerie trans-nationale qui, il a cinquante-cinq ans, coûta la vie à Ben Barka. Elle se prononcera sans doute, en revanche, sur le sort d’Abdelhakim Sefrioui. Qui ne saurait craindre aucune barbouzerie d’aucune sorte car bien sûr, tout ce qui précède n’est qu’un délire qui m’a pris, pardonnez-moi, Votre Majesté. Un délire car je suis écoeuré, sans doute, de constater l’impunité du verbe pousse-au-crime, y compris celui d‘Eric Zemmour, mais c’est une autre histoire. Quoique.

Respectueusement vôtre,

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