L’Eglise contre la Liberté d’avorter: sauver des vies et les pourrir

Champagne, caviar, sourires, on se tape dans les mains les uns des autres en s’envoyant de grands « Yesss! », on se bise, on se congratule.

C’est la fête au Vatican, car le sénat argentin a rejeté la libéralisation de l’avortement. Ouf, il était moins une, on est passé à deux doigts du désastre… L’Argentine, le pays d’origine du patron, non mais vous vous rendez compte?

C’est la fête, car il est clair que l’intense campagne menée par l’Eglise Catholique locale n’est pas pour rien dans ce rejet. Evidemment, il aura quand même fallu compter sur le soutien de luthériens hérétiques, ces évangéliques qui ont le vent en poupe sur le continent latino-américain… Mais on n’a pas nécessairement le choix de ses alliés. Après tout, Churchill et Roosevelt ont su s’accommoder de la déterminante présence de Staline à leurs côtés, dès lors que l’enjeu était de botter le cul d’Hitler. Toutes proportions gardées, bien sûr. Là, l’enjeu, c’était tout de même rien moins que de « sauver deux vies » – celle de la mère et celle de l’enfant à naître, pour reprendre le slogan des anti-IVG en Argentine. Hosanna au plus haut des cieux, donc, le sénat argentin a voté conformément aux désirs de l’Eglise. Donc de Dieu, pour ainsi dire.

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Photo: 20 Minutes

Un vaste majorité des croyants, de même qu’un certain nombre d’athées, sont farouchement opposés à l’avortement (Digression… quoique: Connaissez-vous la vraie différence entre le christianisme et le judaïsme? Pour les chrétiens, un foetus est un être humain pratiquement dès sa conception, alors que pour les juifs, un foetus reste un foetus jusqu’à ce qu’il ait passé son diplôme de médecine…), et manifestent cette opposition sous toutes les formes possibles, c’est leur droit le plus strict, bien évidemment, pour autant que soient respectés la loi et l’ordre public.

Pour ce qui est des opposants catholiques à l’IVG, il est difficile voire impossible de démêler ce qui, dans cette conviction, relève de la conscience individuelle – la foi, la sensibilité et le raisonnement, l’expérience personnelle – et ce qui relève de la conformité aux injonctions de l’Eglise – tant, par définition, ces deux moteurs s’entremêlent en chaque catholique. Il serait donc vain de présupposer qu’on pût facilement déconstruire les motivations des individus autour de cette question qui, potentiellement, relève de l’intime. En revanche, on peut sans trop de peine tâcher de questionner le discours de l’Eglise en tant qu’institution: « Sauver deux vies », en l’occurrence.

La vie de l’enfant… à naître: toute la question est dans le second terme, évidemment. Car l’enfant déjà né, il faut être un fieffé salopard pour attenter à sa vie. Un fieffé salopard, également, pour la lui pourrir irrémédiablement, cette vie. Or voilà: l’église romaine a, durant des années, et sur tous les continents, toléré  la présence en ses rangs de nombreux pervers pédophiles multi-récidivistes, leur permettant d’échapper aux foudres de la justice. Et rien ne dit que la maison soit désormais entièrement nettoyée dans tous ses recoins malgré les récentes initiatives du Vatican. Alors avec l’enfant « à naître », il est permis d’estimer que l’Eglise botte en touche, elle change de sujet. Et fait preuve d’un certain culot. Car si ce sont les enfants qu’il s’agit de protéger, le bon sens commande de se préoccuper en priorité des enfants réels, pas des virtuels. Evidemment, avec les virtuels, c’est plus facile de démontrer, quand on est l’Eglise Catholique, qu’on ne leur a jamais rien fait.

Quant à la vie de la mère: est-il nécessaire de rappeler le rôle que jouaient les institutions catholiques sous la dictature en Argentine (de même que dans l’Espagne de Franco) lorsqu’elles se chargeaient de confier les nourrissons de femmes emprisonnées à des « familles respectables » – se chargeant par suite de raconter à l’accouchée que l’enfant était mort-né? La « vie de la mère » était alors de peu d’importance, et, fût-elle  incidemment préservée, cette vie-là serait également durablement pourrie. Traversant l’atlantique, souvenons-nous aussi des dizaines de milliers d’Irlandaises – prostituées ou « filles-mères » – enfermées, parfois à vie, dans les « Magdalene laundries », ces blanchisseries travaillant pour les couvents, les monastères mais aussi les grands hôtels, facturant des prestations réalisées par une main d’oeuvre gratuite et corvéable à merci. Le dernier établissement de ce genre ferma en 1996, autant dire hier.

Ainsi lorsqu’une institution comme l’Eglise Catholique se targue de « sauver deux vies » en Argentine, on est tenté de dire: « Non, pas eux, pas ça ». Et de se demander ce que de tels « sauveurs » entendent à la vie elle-même. A tout le moins, on sait d’ores et déjà ce qu’une telle institution est capable de faire de la vie des autres. Et en Argentine, quoiqu’il en soit, il est clair que les dizaines de femmes qui meurent chaque année lors d’avortements clandestins pèsent bien peu dans la conscience de ces hommes portant la robe. Un dommage collatéral, indiscutablement.

Champagne, caviar et sourires au Vatican, hosanna au plus haut des cieux.

Hasta la vista

PS: cet article est le 199ème publié sur ce blog!

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