Donald Trump ou le « Péril Chrétien »

Donald Trump aux manettes: comme d’un orage dont on aurait perçu le commencement, en Novembre 2016, mais dont on ne saurait voir la fin avec certitude (2020, vraiment?), on n’en peut plus de ce déluge d’agressivité imbécile. Singulièrement sur les questions du Proche-Orient.

Aussi loin que quelqu’un de mon âge puisse s’en souvenir, la politique étrangère américaine s’est souvent teintée d’une bonne dose d’indifférence (par cynisme, ignorance ou les deux) aux conséquences des actions qu’elle mettait en œuvre: des bombardements du Cambodge sous Nixon à l’invasion de l’Irak sous Bush, les initiatives du « leader du monde libre » ont bien souvent eu des effets absolument catastrophiques à l’échelle de régions entières. A tout le moins, cependant, ces actions s’inscrivaient-elles dans une vision-du-monde (de « l’endiguement du communisme » à la « refonte du Moyen-Orient ») et une analyse des intérêts des Etats-Unis, aussi lapidaires et erronées soient-elles. Et par ailleurs, fut-ce à contre-coeur, de façon désinvolte, avec des tonnes d’arrière-pensées et usant de pressions, l’Amérique prenait soin d’entretenir ou de construire des alliances avant d’agir.

Il y a, aujourd’hui, que l’hôte de la Maison-Blanche s’est fait élire sur une ligne « America First ». Et Donald Trump entend, comme ses prédécesseurs, se faire ré-élire. Mais contrairement à ses prédécesseurs – « tricky Dicky » Nixon inclus, qui prit son électorat à contrepied en se rapprochant de la Chine communiste— il y a que Donald Trump place cet objectif de ré-élection littéralement au-dessus de tout autre. Or l’électorat de Donald Trump c’est, pour une grande partie, des millions de chrétiens évangéliques persuadés que la mainmise totale des Juifs sur la Palestine annoncera la Fin des Temps, le retour du Christ et le combat final entre le Bien et le Mal (Et, au passage, la conversion des Juifs au christianisme, ce dont il faudrait tout de même penser à prévenir les Juifs croyants qui se félicitent du soutien des évangéliques). Dès lors l’appui inconditionnel par les Etats-Unis de la politique israélienne n’est pas qu’affaire de lobbying et de connivences de longue date: c’est un devoir religieux pour de très nombreux électeurs américains. Et la différence entre Trump et ses prédécesseurs, c’est que la satisfaction de son électorat prime sur toute autre considération.

Jesus

Le tropisme pro-Israélien du Département d’Etat ne date pas d’hier. Mais jusqu’alors, il était, même timidement, tempéré par le souci des Etats-Unis de ne pas s’aliéner des pays comme l’Egypte ou la Jordanie, par exemple. Par le souci de contribuer à l’apaisement dans la région, comme une grande puissance qui se respecte. D’où, malgré l’intense lobbying de l’AIPAC, la signature de l’accord sur le nucléaire iranien et le transfert constamment reporté de l’ambassade US de Tel-Aviv vers Jerusalem. Ce tropisme était, même insuffisamment, tempéré par le souci de ne pas envenimer des situations déjà explosives.

Parce que c’est Jésus-Christ que ses électeurs attendent, de l’Egypte, de la Jordanie ou de quelque autre pays, Israël excepté, Donald Trump se bat l’oeil. Parce que ses électeurs pensent que la Bible est un manuel d’Histoire et ses prophéties un agenda, de la guerre et de la souffrance au Moyen-Orient et au delà, Donald Trump se tamponne allègrement.

Avec le désengagement américain de l’accord sur le nucléaire iranien et l’inauguration en grandes pompes de l’ambassade américaine à Jerusalem – sur fond d’un carnage commis aux abords de Gaza que l’administration Trump a scandaleusement minoré – l’Amérique est, pour un bon moment, et nonobstant le maintien de liens forts avec les pétro-monarchies du Golfe, totalement hors-jeu au Moyen-Orient. Car non seulement l’image des États-Unis touche désormais le fond dans le monde arabo-musulman, mais la parole de Washington, après le retrait de l’accord avec l’Iran, est désormais totalement démonétisée. « America First », « Americans First »  c’est potentiellement « America Only » voire « America Alone ». Mais de cet effacement aussi, Donald Trump se contrefout.

Car Donald Trump fait au Proche-Orient ce qu’il a dit qu’il ferait. Remerciant bruyamment les sponsors pro-Israéliens de sa campagne, bien sûr. Mais agissant surtout pour la plus grande satisfaction d’immenses foules de bigots incultes et bornés, dont l’enthousiasme est garant de son avenir politique. Des foules pour qui la religion est primordiale, des foules prêtes à laisser mourir, sinon à tuer, pour l’amour de Jésus. Des foules qui considèrent l’avortement comme un meurtre mais, à l’occasion, la possession d’armes de guerre par tout un chacun comme un droit inaliénable. Des foules qui voient la résurrection d’un crucifié comme un fait historique et l’évolution des espèces comme une théorie contestable. Mais des foules qui votent, donnant à la première puissance économique et militaire mondiale les allures d’une théocratie.

On délirait naguère en Europe sur le « péril juif ». Plus récemment on a y glosé, et on y glose encore, sur le « péril islamiste », pour ne pas dire « musulman ». Il serait temps que l’on s’y inquiète du « péril chrétien» qui fait des ravages, là-bas, en Amérique. Et donc potentiellement partout.

Ciao, belli.

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