#BalanceTariq

Catharsis, digues qui lâchent, déferlement de témoignages de femmes de tous milieux, mots qui disent ce qui jusque-là était indicible. Avec l’affaire Weinstein (« Vaïne-chtaïne » ou « Ouaïne-stine », au choix), cinquante-pour-cent des bipèdes humanoïdes découvrent, ou font semblant de découvrir, que les cinquante autres pour-cent subissent plus que fréquemment humiliation et déni de leur humanité, en toute impunité. Avec #metoo ou #balancetonporc, malgré l’anonymat, la prescription ou parfois l’absence de preuve, la peur change de camp et les salopards peloteurs ou violeurs commencent à flipper grave. Dans le flot de cette soudaine éruption surnagent ces derniers jours deux plaintes pour viol déposées à l’encontre de Tariq Ramadan.

Orateur affuté, le théologien Tariq Ramadan se contentait jusque là de se faire le porte-parole – controversé, mais écouté avec attention – d’un Islam « visible » au sein de sociétés non-musulmanes, en particulier de la société française. Comme tous les donneurs de leçons inspirés par la religion, il avait énormément de choses à dire sur la sexualité et, dans son cas particulier, sur ce qui y est « licite » ou « illicite » du point de vue de l’Islam. Notamment, il n’était pas le dernier à expliquer que les relations sexuelles extra-conjugales, c’est un truc que plus illicite/haram, tu cherches longtemps. Consenties ou pas. Mais on aime à penser que non-consenties, de telles relations envoient le croyant encore plus rapidement en enfer. Du coup, si ces accusations de viol sont avérées, ça la fout franchement mal, le monsieur devrait très rapidement descendre de son piédestal. Et les tenants d’un Islam « en France » (Vs. « de France ») perdre l’un de leurs plus virulents porte-parole.

Alors bien sûr, comme une évidence, vient à l’esprit cet élément consubstantiel de la religion dès lors qu’elle sort de l’intime et devient parole publique et normative: l’hypocrisie.

tartuffe

Tariq Ramadan, comme ses pairs chrétiens ou juifs, ne serait finalement qu’un autre de ces sermonneurs faisant commerce d’une éthique qu’ils se gardent bien de pratiquer. Un nouveau Tartuffe, frère en saloperie des curés, des rabbins, des bonzes, des sorciers etc.. libidineux.

Mais une fois qu’on a dit ça, on n’a pas dit grand-chose, car le cas de Tariq Ramadan peut suggérer – et suggère déjà, si on en croit ce qui circule sur Facebook ou autre, deux autres types d’analyse, qui sont autant de dérapages:

  • Le premier, c’est d’affirmer qu’un tel comportement – on ne parle pas ici « seulement » de viol mais aussi de violence physique et verbale – ne serait que la conséquence logique d’une vision dégradante de la femme véhiculée par l’Islam -fût-il, ou non, revisité par les Frères Musulmans, mouvement fondé par le grand-père de Tariq Ramadan. A l’appui de cette interprétation, bien sûr, la question de la « masculinité arabo-musulmane » qu’avait soulevée Kamel Daoud suite aux incidents de Cologne, ou le problème récurrent du harcèlement ou de l’infériorisation auquel sont confrontées, entres autres, les femmes marocaines. Sans oublier, bien sûr, le « cas » Saoudien. Seulement voilà: l’affaire Weinstein elle-même, et le torrent de dénonciations qui s’en est ensuivi montrent qu’on a affaire à un phénomène qui, pour le coup, déborde largement les frontières du « Dar al Islam »
  • Le second consiste à clamer que cette affaire n’est qu’un coup monté pour dévaloriser l’Islam. C’est ce que n’hésite pas à faire Yamin Makri, bras droit de Tariq Ramadan, relayé à l’envi sur les réseaux sociaux. Et qui, à l’origine de ce complot? Je vous le donne en mille: des «réseaux pro-israéliens français et étrangers», bref, des Juifs (lire également, ici-même, une réflexion sur le complotisme)… car bien sûr, c’est une affaire entendue, l’existence même de Tariq Ramadan est censée poser un problème à l’état d’Israël et, par extension, aux Juifs de la Terre entière. A moins que ce ne soit pour faire oublier leur « coreligionnaire » Harvey Weinstein. Ou bien les deux: l’avantage avec le « complot juif », c’est qu’on peut le déguster à toutes les sauces, Goebbels expliquerait ça très bien

Dans l’un et l’autre cas, on singularise le cas de Tariq Ramadan et, ce faisant, on escamote la terrible et formidable universalité des violences faites aux femmes, fussent-elles exercées dans l’environnement feutré des grandes entreprises, dans des chambres d’hôtels cinq étoiles, dans une rame de métro parisien ou dans les rues de Casablanca, Marseille ou Brooklyn.

Au-delà de la figure de Tartuffe, s’il doit s’avérer, comme pour d’autres hommes nommément mis sur le gril, qu’il n’y a pas de doute à avoir, alors il convient de traiter Tariq Ramadan comme un enfoiré ni plus ni moins méprisable que d’autres. Abusant de son pouvoir, de son aura, comme le premier producteur, homme politique, réalisateur, chirurgien, directeur ou petit chef venu. Car s’il « tombe » aujourd’hui, c’est moins en tant que musulman qu’en tant que « vedette », moins en tant qu’ « Arabe exogène » qu’en tant que personnage médiatique parfaitement intégré à la « société du spectacle » euro-occidentale.

Il faudra peut-être que ses détracteurs, prompts à bouffer du musulman, comme ses thuriféraires, prompts à bouffer du Juif, se fassent à l’idée que Tariq Ramadan n’est qu’un porc parmi d’autres, somme toute.

A bientôt

Une réflexion sur “#BalanceTariq

  1. Pingback: Alabama, Evangiles et Pédophilie | Helvetia Atao!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s