Dix ans, cause toujours

Il y a dix ans, presque jour pour jour, votre serviteur se lançait dans l’aventure d’un BLOG, autrement dit dans l’érection d’un mur virtuel sur lequel je pourrais coller mes affiches. Des affiches conçues sans autre limites que l’attention portée au « fact checking » et un silence absolu sur ma vie personnelle et professionnelle.
Évidemment il serait tentant de regarder dans ce rétroviseur, d’aligner les évènements et polémiques qui, depuis le 27 Janvier 2007, ont pu inspirer « Helvetia Atao » avec plus ou moins de bonheur et doctement d’en identifier un « best of ». Mais ça serait fastidieux et un poil prétentieux. Souvenons-nous simplement qu’à l’époque le règne d’un président américain particulièrement nocif touchait à sa fin, qu’en France Nicolas Sarkozy avait un avenir. Qu’Abou Bakr Al Baghdadi était un parfait inconnu mais que la star mondiale Oussama Ben Laden allait bien, merci. Que Cabu, Charb, Wolinski, Honoré, Bernard Maris et toute l’équipe de « Charlie » étaient vivants, de même que Valéry Giscard d’Estaing. Que Recep Tayip Erdogan et Vladimir Poutine affichaient un tropisme autocratique et belliciste.

Bon, mais à part ça? Il y a tout de même quelque chose de fondamentalement nouveau dans le paysage: à la dérégulation économique et financière a succédé un formidable éclatement de la scène politique (supra-nationale ou nationale), ou plus exactement du sens donné à l’action politique dans ce qu’il est convenu d’appeler le monde des « démocraties occidentales ».
La crise de 2008 est venue mettre cul-par-dessus tête un certain nombre de croyances dont, singulièrement, le dogme d’une dérégulation bienfaitrice: les états, donc la richesse publique, ont sauvé l’économie mondiale qu’une finance dérégulée allait précipiter dans le gouffre. Le problème c’est que ces événements n’ont pas été pensés par les élites politiques en place. On est, en quelque sorte, revenu à la normale et les politiques ont, chacun à leur manière de part et d’autre de l’Atlantique, repris leurs postures et discours habituels.
Seulement voilà: si les états ont réparé les dégâts de la crise dans l’économie virtuelle, ils se sont bien gardés d’en atténuer significativement les effets dans l’économie réelle – religion du « laisser-faire » aux Etats-Unis, « position du gestionnaire » (minimisation du déficit et de la dette publics) en Europe. Le tout dans un silence assourdissant quant aux finalites de la politique en tant que telle, autre que la perpétuation de ce qui a pu apparaître comme un « système » – un « système » dont  des pans entiers des corps électoraux se sont, ici et là, justement sentis exclus.
S’en est ensuivie la montée d’animaux politiques alternatifs bien vite qualifiés de « populistes », surfant sur les pulsions nationalistes les plus éculées, la xénophobie et, tournant le dos à la complexité du monde au nom d’un « anti-technocratisme », proposant des solutions simples. D’autant qu’entretemps une violence brutale, inspirée par une idéologie islamiste moyen-ageuse, a surgi au coin de la rue, menacant toutes et tous, partout, n’importe quand. Une violence, une idéologie face à laquelle les états ne sont pas infaillibles – quand ils n’en sont pas indirectement à l’origine par leur politique étrangère: l’invasion de l’Irak, la complaisance vis-à-vis du « soft power » des monarchies du Golfe. À cause de ce climat, mais surtout à cause de son incapacité à penser le rôle de la puissance publique (nationale ou supra-nationale) autrement que comme une facilitatrice de l’économie, face aux « yakafokon », la classe politique « normale » semble tétanisée, comme un lapin pris dans les phares d’une voiture. Aux Etats-Unis, la messe est dite malheureusement, au moins pour quelques temps, et on aimerait croire que l’Europe saurait montrer le chemin d’une politique réinventée.
Mais si on s’en tient à la campagne présidentielle actuelle en France, pas de quoi se réjouir: la question de la construction européenne, justement, est soigneusement évitée ou abordée superficiellement par les partis dits « de gouvernement » tandis qu’à l’extrême-droite ou à l’extrême-gauche on en fait un épouvantail: les premiers car ils ne savent en parler qu’en termes abstraits, l’extrême-droite car la « nation » et son idéologie lui semblent indépassables, l’extrême-gauche car le tropisme neo-liberal de la construction européenne actuelle lui apparaît comme une fatalité. En France comme chez ses voisins, le repli nationaliste n’est pas un fait objectif avec lequel il faudrait composer, c’est la prophétie auto-réalisatrice d’un personnel politique intellectuellement paresseux ou idéologiquement biaisé. Or la réinvention de la construction européenne est précisément ce a quoi la classe politique devrait essentiellement s’atteler, ce dont elle devrait surtout débattre, en France comme ailleurs. Car tout le reste, ou presque, en découle.

Vous l’aurez compris: en dix ans, ce blog n’aura pas gagné en optimisme. Mais c’est de ma faute, à moi, si la connerie humaine est toujours aussi bruyante?

A bientôt

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