Barbarin, l’embarrasse-cons

Voici de nouveau l’Eglise Apostolique et Romaine confrontée au problème des prêtres pédophiles. De nouveau, une sombre affaire de crimes étouffés, passés sous silence des années durant, de nouveau un évêque soupçonné, au mieux, de négligence: monseigneur Barbarin, Primat des Gaules, a laissé circuler dans la nature – et donc libre de s’occuper, entre autres, de catéchisme et de patronage – un prêtre aux actes pédophiles avérés.
N’eut été le prestige de l’évêque en question, n’eut été non plus son activisme ostentatoire « pour la défense de la famille et de l’enfant » à l’occasion des manifs contre le mariage pour
tous, l’affaire n’aurait malheureusement rien d’extraordinaire. Cela étant, on en fait grand bruit et sont recyclés en boucle dans les médias arguments et considérations lus, entendus, vus et revus en d’autres occasions. Et, bien sûr, de micro-trottoir en interviews d’experts, on souligne le désarroi ou, a minima, l’embarras des fidèles catholiques.
Du bruit, donc. Mais il faut relever que, de façon centrale dans ces commentaires médiatiques, se dégage la question d’une forme de « corporatisme » au sein de l’église, à savoir une propension à vouloir régler ses sales affaires en interne, a l’insu de la Justice et, bien sûr, du public et des médias. Fleurissent les mots « omerta », « loi du silence » etc, ad nauseam… Or c’est la centralité de ce reproche de « corporatisme » qu’il convient d’interroger, car en réalité elle présente de nombreux avantages pour l’Eglise catholique et la tranquillité d’esprit de ses soutiens publics.
Tout d’abord elle permet de relativiser le phénomène, en mettant les errements de certains prêtres en regard des errements de certains enseignants, pour mieux souligner une comparable pratique de l’omerta par l’institution « Éducation Nationale », syndicats inclus. Ce rapprochement permet accessoirement à certains de dénoncer un « deux poids, deux mesures » dans l’agitation médiatique autour de la pédophilie, posant les catholiques – et, singulièrement un héraut/héros de la « Manif pour tous » comme Barbarin – comme victimes d’un acharnement suspect.
Ensuite, faire du « corporatisme » le noeud essentiel du problème présente l’immense avantage d’entrevoir des solutions réalistes et relativement rapides: pour peu que la hiérarchie de l’église catholique, pape en tête, prenne le problème a bras le corps et que ça se sache, c’en sera fini de la désastreuse image de l’Eglise que donnent ces lamentables affaires: résoudre la question du silence et du corporatisme c’est somme toute résoudre un simple problème d’image – un enjeu de communication – au delà, on ose l’espérer, d’un travail un peu sérieux « en amont ».
Enfin, et surtout, faire d’une condamnable « loi du silence » le problème essentiel permet, précisément, de passer sous silence une question bien plus embarrassante: un homme d’Eglise qui commet des crimes sexuels, ça la fout franchement mal et, qu’on le veuille ou non, bien plus mal que lorsque les mêmes crimes sont commis par un instituteur.
Tout simplement parce que le premier, contrairement au second qui a le droit de penser et dire ce qu’il veut ou presque, est intrinsèquement porteur d’une doctrine, d’une vision-du-monde bien précise: la foi catholique. Et cette doctrine, au moins tout autant que ses cousines en christianisme ou que les autres monothéismes, est intarissable en matière de questions sexuelles. Quand, comment, avec qui et pourquoi les humains peuvent faire des cabrioles, rien de ce qui touche aux questions de cul n’échappe à la réflexion et, bien sûr, aux injonctions des catholiques, fussent-ils clercs ou simples croyants.
Or tout de même, abuser sexuellement d’un enfant constitue une sacrée putain de saloperie de péché, je me trompe?

 

Dès lors l »affaire Barbarin » comme les précédentes de même nature, embarrasse sérieusement les tenants d’une restauration du contrôle de l’Eglise catholique sur nos sociétés sécularisées – le rétablissement du délit de blasphème, pour ne prendre que cet exemple – activistes bruyants ou simples participants à des manifs « pour tous »: une histoire de prêtre pédophile, à chaque fois c’est la mouche dans le pot de crème, un argument évident pour tous ceux qui récusent aux religions en général et à l’Eglise catholique en particulier tout droit à un magistère moral absolu, toute revendication d’une parole qui soit au-dessus des autres.
Faire principalement des affaires de prêtres pédophiles un problème de « corporatisme », c’est donc échapper à peu de frais au risque de remarques dévastatrices comme « lorsqu’on a le cul merdeux, on ne grimpe pas au mat de cocâgne ».
Ne leur passons rien, à ces foutus donneurs de leçons. Et qu’ils nous expliquent ce qui les amène apparemment à penser que le viol d’un gosse est somme toute moins grave qu’une relation homosexuelle entre adultes. Là est la vraie question, le reste n’est que bavardage.

 

Ecr’ l’inf

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