"Riwal", y a maldonne

Connaissez-vous Frédéric Chatillon? Jusqu’il y a peu, moi non plus.
Agé de 46 ans, ancien dirigeant  du Groupe Union Défense (G.U.D., syndicat étudiant fascistoïde, notoirement plus porté sur le maniement des nunchakus que sur l’organisation de débats en amphi), ce monsieur a été mis en examen le 23 Janvier pour « escroquerie », « faux et usage de faux », « blanchiment », « abus de biens sociaux » et « blanchiment d’abus de biens sociaux ». Bref, si je ne m’abuse, la totale ou presque en matière de délinquance financière.
Que lui reproche t’on au juste? D’avoir, au travers de l’agence de communication qu’il dirige, sur-facturé des prestations en vue de campagnes électorales, prestations que ses clients auraient payé grâce à des prêts à taux usuriers octroyés par un micro-parti soutenant une personnalité politique majeure. Bref, d’être au centre d’une carambouille, d’une « Pompe à Phynances » Ubuesque. Même si ce n’est qu’un détail de l’Histoire post-seconde guerre mondiale: la personnalité politique en question, c’est Marine Le Pen, amie dudit Frédéric Chatillon qu’elle a connu sur les bancs de la Faculté de Droit Paris 2 Assas, bastion du G.U.D., justement.
Alors évidemment, ça ricane sévère chez les bien-pensants-politiquement-corrects-au-coeur-du-système-politico-médiatique: « Ouais ouais, on fait moins sa maline, maintenant, tête-haute-mains-propres, mon cul, oui ».
Moi je dis, c’est pas juste. D’abord parce que mise en examen ne signifie pas culpabilité, il y a la présomption d’innocence, des tas de gens respectables comme Jérôme Cahuzac, Nicolas Sarkozy, Eric Woerth, Patrick Balkany, Jean Tibéri ou Dominique Strauss-Kahn nous l’ont expliqué et nous l’expliquent chaque jour que les dieux font, fût-ce via leurs avocats respectifs. Ensuite parce que quand bien même ces actes répréhensibles seraient avérés, ils ne seraient rien d’autre qu’une preuve, cette fois incontestable, que le Front National est un parti comme les autres. En d’autres termes, c’est çui qui dit qui y est.
Par ailleurs, pas de quoi fouetter un chat. Les victimes de cette manip’ sont des gens qui se sont présentés comme candidats au nom du Front National, alors de deux choses l’une: soit ils croyaient dur comme fer à l’exceptionnelle intégrité de leur petite boutique dans un monde de « tous pourris », alors ça leur ouvrira un peu les yeux, à défaut de l’esprit; soit ils n’y croyaient pas, donc ils se foutaient de la gueule du monde, alors c’est bien fait pour leur tronche. Bref, a priori je m’en tamponne allègrement, de cette histoire.
Sauf que. Sauf qu’il se trouve que la société dirigée par monsieur Chatillon, présumée aspirateur à pognon façon Bygmalion, porte un nom qui est en fait un prénom: le mien. Alors depuis quelques temps tombent sous mes yeux atterrés des trucs comme ce qu’on peut lire dans un article du « Monde » daté du 29 Janvier: « C’est Riwal qui conçoit, fait imprimer le matériel électoral frontiste (affiches, tracts) et fabrique les (…) kits obligatoires destinés aux candidats du parti d’extrême-droite ». Mais non, c’est pas moi, putain! Ou bien, dans « Libération » le 25 Décembre: « En 2012 déjà, Riwal avait fait l’objet d’une enquête demeurée sans suite après un signalement Tracfin, la cellule anti-blanchiment de Bercy ». Non mais oh, ça va, oui? Au premier abord ça énerve, forcément.
Au deuxième aussi, d’ailleurs. Non, mais qu’est-ce qui lui a pris, à cet ancien tabasseur de « bolchos », de choisir mon prénom pour désigner son petit business de « communication » de mes deux?
Si ça se trouve, c’est une idée lumineuse de sa copine de fac: pensez donc, avec son patronyme breton, elle lui aurait bien suggéré de choisir une dénomination à consonance celtique. A moins que ça ne vienne du patriarche, Jean-Marie himself, allez savoir. D’ailleurs le nom du micro-parti sus-mentionné, c’est « Jeanne », comme l’autre, celle dont il nous rebat les oreilles depuis tant d’années chaque 1er Mai. Il y a, je n’en doute pas un seul instant, une foultitude de respectables Jeanne que cette homonymie avec le micro-parti du clan de Montretout doit furieusement agacer. Mais au moins peuvent-elles se consoler en se disant que Jeanne d’Arc est une figure historique connue et que l’adoration dévote que lui témoignent les Le Pen et leurs amis est tout aussi connue.
« Riwal », déjà, au niveau des associations spontanées, c’est moins évident. Figurez-vous que c’est le nom que portait au Vème siècle un prince originaire du comté de Gwent, au Pays de Galles, roi de Domnonée, sur l’île de (grande-) Bretagne. Au début du VIème siècle, un autre Riwal, à la tête d’émigrés chassés de Bretagne par les Saxons, débarque en Armorique et se retrouve souverain d’une nouvelle Domnonée (couvrant en gros l’est de la Bretagne continentale actuelle).
Contrairement à « Jeanne », celle que l’on n’a pas crue et qu’on a fini par avoir cuite, ces personnages historiques ne jouissent pas d’une notoriété qui ferait de « Riwal » une dénomination finalement neutre. Du coup, ça peut susciter la curiosité chez tout un chacun. Et, au final, si « l’affaire Chatillon » prend de l’ampleur, ce qui est loin d’être incertain, voilà mon prénom synonyme de magouilles aux oreilles du plus grand nombre, de magouilles opérées par des fachos, qui plus est.
Il y a préjudice, moi je dis. Comme il est peu probable que cette malencontreuse coïncidence m’autorise à réclamer des dommages et intérêts, j’aimerais au moins contribuer à pourrir un peu l’existence de ces personnages.
Oyez, oyez, qu’on se le dise, si ce prénom m’a été donné par mes parents il y a un peu plus d’un demi-siècle, c’est pour deux raisons principales: d’une part il évoque les temps historiques d’une Bretagne qui avait encore un bon millier d’années d’indépendance devant elle, d’autre part parce que ce prénom n’a pas d’équivalent en Français. Bref, c’était un acte militant, et ce militantisme vomissait le concept de « France éternelle » cher à Jean-Marie et sa descendance.
Monsieur Frédéric Chatillon ou ses commanditaires se sont crus malins en choisissant « Riwal », ils ont dû se dire que ça donnait un côté « de souche » à leur agence de com’. Un ami et collègue me faisait remarquer aujourd’hui que son prénom à lui ne risquait pas d’avoir été choisi – il s’appelle Farid.
Seulement, y a maldonne. Oui, « Riwal » c’est « de souche »… Mais d’une « souche » historiquement plus profonde que ne le sont les « racines » de l’Etat français (mettons l’ordonnance de Villers-Cotterêt, en 1539), sans parler de celles de la nation française, concept encore plus tardif. Et donc une « souche » somme toute étrangère à la France. A tout le moins, ce que le prénom « Riwal » est censé évoquer est aux antipodes du nationalisme français étriqué, du général Boulanger à Le Pen, en passant par Maurras et Pétain.
Bref, « Riwal », c’est un prénom de colonisé mais ils ne le savaient pas, ces cons.
Alors je vous en prie, chers-ères lecteurs-trices, faites circuler ce papier, diffusez-le tout autour de vous, ça sera ma revanche symbolique. Et avec un peu de chance, qui sait, il sera lu par quelques caciques du Front National, et ça leur fera les pieds…
A wech all

2 réflexions sur “"Riwal", y a maldonne

  1. Tiegezh Chatillon 'zo o-tont eus S.Riwal.
    Gall a reomp sonjal eo diboell bezan Breizhat ha labourat evit ur strollad gall ha jakobin (hag e ran), hogen pet den a ro o vouez da strolladoù ar vro e Bzh ? N'eo ket peogwir oc'h anvet Riwal e tlefe bout diffenet da dud arall arveran an anv-man, dreist-holl pa'z int eus Bzh ha tomm d'ar c'hultur ha d'hon yezh.
    Ne vefen ket souezhet o c'houzout en deus Chatillon anavezet ho tad.

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