Le syndrome SONY

Etrange visuel que nous laisse à voir la campagne de SONY pour le dernier-né de sa gamme de « smart phones » Xperia. « Ose comparer », nous somme la marque japonaise, espérant de fait nous amener à « changer ».  Mais comparer à quoi, pour changer par rapport à quoi? L’image est sans ambiguïté: fond blanc, police de caractère, mise en scène du produit, tout rappelle le style d’APPLE. Tout porte à croire que SONY, qui naguère fut un « game changer » dans l’industrie de l’électronique grand-public, a désormais renoncé à toute ambition novatrice. En matière de design, avec ce modèle « compact », il tire un trait de surcroît sur ce qui pouvait faire la spécificité de son offre – un écran long, une forme effilée. Bref, cette campagne nous suggère que le nouveau SONY Xperia, c’est un truc qui ressemble à s’y méprendre à l’ iPhone 4 ou 5, mais en moins cher. Sic transit gloria mundi.
Au moins, cependant, la marque SONY annonce-t-elle la couleur: pas question de jouer les malins et d’essayer de faire les choses différemment. Dès lors le « I change » n’est qu’une figure de style, une contradiction assumée en tant que telle, un clin d’oeil cynique de publicitaire – « Changer? Même pas dans tes rêves, au fond… »
C’est parce qu’ils n’auront pas eu cette honnêteté que François Hollande et le Parti Socialiste se sont pris la dérouillée que l’on sait aux élections municipales. « Le changement, c’est maintenant », de fait le « maintenant » faisait référence très exactement au 6 Mai 2012, quand Nicolas Sarkozy, a.k.a. Paul Bismuth, a été renvoyé à ses mises en examen potentielles, et ses affidés à leurs batailles d’ego, sur fond de vide intersidéral de leur pensée politique. Avec l’élection de François Hollande, les Français ont troqué la surexcitation et l’outrance verbale contre la pusillanimité et la componction. Pour le reste… Pour le reste, il n’a pas fallu longtemps avant que le nouveau pouvoir ne se range à une forme de fatalisme, prenant soin de n’offenser aucun lobby, des députés et sénateurs cumulards aux pollueurs, des banquiers aux grandes surfaces de bricolage, des fonctionnaires de Bercy aux « entrepreneurs », des médecins aux chauffeurs de taxi, des défenseurs de « la famille » à ceux du moteur diesel. Le tout dans une cacophonie assourdissante émaillée de faits-divers pathétiques, « de Cahuzac en Leonarda » comme on dirait « de Charybde en Scylla ».
Mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel est que le cadre national, en matière économique et sociale, est définitivement obsolète. L’essentiel est qu’on ne saurait mettre l’économie au service des humains, et non l’inverse, qu’à l’échelle de l’Europe. L’essentiel est qu’on ne saurait favoriser le dynamisme entrepreneurial qu’à l’échelle des régions ou des « territoires ».  Le paradigme hexagonal, dans lequel sont enfermés les dirigeants socialistes – tout comme leurs opposants de droite, est un piège à cons: il les conduit tout naturellement aux compromis quant à leurs ambitions social-démocrates, sinon à des compromissions avec les lobbies bancaire et (grand-) patronal, eux aussi douillettement lovés dans leur cocon franchouillard – qu’on songe à l’ahurissante consanguinité des conseils d’administration des entreprises du CAC 40 – compromissions qu’on baptisera « pacte ». A cet égard, les vociférations d’un Mélenchon ou d’une Le Pen contre « Bruxelles », loin d’être « hors-système », ne font que conforter ledit « système »: les uns et les autres entretiennent l’illusion de la pertinence du cadre national, méprisant ouvertement tout ce qui est en deçà (le local, le régional) ou au delà (l’Europe) de ce cadre, c’est-à-dire méprisant les seuls espaces où la politique (économique et sociale) peut s’avérer crédible et durable.
Dès lors le seul vrai « changement » qui vaille ne saurait être un changement façon SONY Xperia, où le « me-too » est travesti en nouveauté et le renoncement en volontarisme. Le seul vrai « changement » qu’il serait important d’annoncer est que le schéma national et jacobin a fait son temps, que la pensée politique doit changer de braquet. Comme le chantait Renaud, « ça fait p’t’être mal au bide, mais c’est bon pour la gueule », il faut arrêter de se raconter des histoires.

Mais je ne suis pas bien sûr que le remaniement gouvernemental en cours soit autre chose qu’un « I change » à la SONY. Un poisson d’Avril de mauvais goût.

See you, guys.

 

3 réflexions sur “Le syndrome SONY

  1. tout à fait d'accord avec cette analyse Riwal ! La politique de l'inaction, mélange de 'Surtout ne déranger personne, ouh là' et d'une absence de stratégie, nous a amenés où nous sommes…c'est-à-dire nulle part.
    Quant à sortir du cadre national, tu as raison, en théorie, mais on dirait que les gens ont bien du mal à l'accepter ce changement. Et que les gouvernants, en bons politiques, suivent le mouvement. Non ?

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