"Débattre", disent-ils

Il est certaines idées préconçues dont il est apparemment urgent de se débarrasser. Ainsi, l’idée selon laquelle un grand nombre de catholiques, et a fortiori l’institution qui organise leur foi – l’Eglise du même nom – ont des convictions bien arrêtées, sinon des certitudes immuables, sur un très grand nombre de sujets. Idée préconçue bien infondée, si l’on en croit l’un des principaux thèmes de la communication des opposants au « mariage pour tous »: l’inscription au vote de l’assemblée de ce projet de loi est prématurée, il convient tout d’abord d’EN DEBATTRE au plan national. Ce thème – « rien ne presse, il faut en discuter largement » est bien sûr relayé par la quasi-totalité de la droite, Alain Juppé proposant rien moins qu’un référendum sur le sujet.
C’est nouveau, c’est intéressant: la hiérarchie catholique considère que c’est un sujet dont on peut débattre. C’est-à-dire, a priori, envisage calmement que des gens soient favorables au mariage des homosexuels et à l’homo-parentalité et qu’il convient d’échanger avec ces gens – courtoisement, cela va sans dire – des arguments publiquement afin que tous les citoyens en soient éclairés.
Encore que.
De quoi est-on censé débattre, au juste? Du fait que les couples homos bénéficient des mêmes droits conjugaux que les hétéros et de la légitimité implicite que confère un « mariage comme les autres »? Non non, vous n’y êtes pas. Là-dessus, les experts en communication consultés par les opposants au projet de loi sont formels: faire campagne en se focalisant sur l’homosexualité en soi c’est pas bon, ça, coco. Une telle campagne pourrait laisser entendre, aussi improbable que cela puisse paraître, que ses promoteurs auraient une vague tendance à l’intolérance… Quelle idée! Non, le débat, coco, tu vois, c’est le destin des enfants élevés par des couples homosexuels. On ne parle pas du droit des homosexuels à se marier et adopter, on parle du droit des enfants « à avoir une maman et un papa ». Alors, pour ou contre ce fameux droit? Une fois le débat posé en ces termes, expliquent les experts en communication, on va voir ce qu’on va voir, parce que les enfants, hein, c’est sacré. Du coup, éventuellement, la réponse semble tellement évidente (« Ben pourquoi ils auraient pas droit à une maman et et à un papa, les pauvres gosses? »)… qu’on se frotte les mains en se disant que la discussion est pliée d’avance, voire qu’elle n’a pas lieu d’être. Bref, on réclame à cor et à cri un débat dont on se dit, au fond, qu’il est incongru de l’initier. Les enfants, tout de même. Retour sur notre remarque initiale: finalement, toutes les idées préconçues ne sont pas forcément infondées.
Quoiqu’il en soit, pas sûr que cette pirouette rhétorique soit si astucieuse qu’elle en a l’air, singulièrement si on considère la fraction (non-négligeable, au demeurant) strictement catholique du mouvement d’opinion contre le « mariage pour tous ». Car si l’enjeu c’est le bien-être des enfants, il est d’autres débats qu’on pourrait légitimement aborder, comme par exemple:
  • L’Eglise catholique, en tant qu’institution, peut-elle prêcher la morale après avoir pratiqué durant des années – pour autant qu’il faille déjà en parler au passé avec certitude – l’omerta sur les prédateurs sexuels en son sein?
  • En quoi le phénomène des prêtres pédophiles est-il lié à leur inamovible devoir de célibat – et donc de chasteté?
Ou bien, pour faire plus « vendeur »:
  • Pour ou contre le droit des enfants à ne pas être potentiellement exposés à des curés pédophiles?
                                            
Il est donc un certain nombre – pour ne pas dire un nombre certain – de participants à la manifestation de dimanche prochain qui devraient éviter le registre « protégeons les enfants » et se concentrer sur ce qui, très vraisemblablement, les motive au plus profond d’eux-mêmes: « si les homosexuel(le)s peuvent se marier et élever des enfants tout comme moi, alors je me sens dévalorisé car c’est dégoûtant, ce qu’ils font au lit. »
Et tous, qu’ils prennent conscience que le débat a déjà eu lieu et a été tranché par une majorité d’électeurs le 6 Mai dernier. Et peut-être se consoleront-ils en se disant qu’il y aura très bientôt sans doute de l’adultère « pour tous », des divorces « pour tous », des frais d’avocat et de pensions alimentaires « pour tous » et des bastons-pour-la-garde-des-gosses « pour tous ». Car c’est ça aussi, la réalité de l’institution du mariage au XXIème siècle.
Ca, et bien d’autres choses, somme toute une réalité un peu plus complexe que la stricte mise en oeuvre de la reproduction de l’espèce, que fantasment des curés par ailleurs tenus de ne pas la pratiquer.
Ciao, belli.

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