Apocalypse Soon

Un soir de 1990,  George Bush père, Mikhaïl Gorbatchev et Ytzhak Shamir se promènent à Central Park, pour se détendre d’une session épuisante à l’ONU. Soudain, face à eux, un grand éclair accompagné d’un coup de tonnerre retentissant. Un nuage de fumée apparaît, d’où surgit un homme barbu, vêtu d’une toge, la tête surmontée d’un triangle lumineux. « Salut à vous, grands de ce monde, leur dit-il, c’est Moi, Dieu le Père. Je suis venu à votre rencontre pour vous annoncer que J’en ai plein le cul des massacres, des guerres, des viols, de la torture, de la pollution, des génocides, de vos bombes atomiques. Bref J’en ai marre de l’humanité alors jeudi prochain, 9 heures du matin heure de New York je fais péter la Terre, ça sera la fin du monde, et voilà pour vous, merde, à la fin. » Et aussi soudainement qu’Il est apparu, Dieu le Père disparaît dans un grand tourbillon de fumée blanche.
 
Comme chacun le sait, la fin du monde aura lieu le 21 Décembre de cette année, si on en croit certaines interprétations d’une prophétie Maya. Plus que deux semaines et hop, ‘a p’us. C’est court, deux semaines.
Les trois chefs d’Etat sont bien évidemment stupéfaits. Ils se séparent, presque sans échanger un mot. George Bush monte dans sa limousine et file tout droit vers les studios de CBS, où il diffuse un message en direct, interrompant les programmes: « Mes chers compatriotes, dit-il, j’ai deux nouvelles de la plus haute importance à vous annoncer, une bonne et une mauvaise. La bonne c’est que nous, Américains, avons bien raison d’être une nation profondément chrétienne car Dieu existe, il m’est apparu ce soir. La mauvaise, c’est que Jeudi prochain c’en est fini de l’Amérique, du monde libre et même du reste de la planète. Ca sera la fin du monde, alors laissez tout tomber. »
 
La perspective de la fin du monde à brève échéance peut entraîner toutes les nuances possibles du comportement humain, de la résignation à la colère. Plus rarement, cependant, imaginerait-on qu’elle incite à la destruction systématique de ce que l’on possède, ou au suicide. Pourtant, si l’on observe le comportement actuel des principaux dirigeants politiques français, on ne voit qu’ auto-destruction.
Atermoiements, reculades, pas de deux, le gouvernement Ayrault, et avec lui la présidence Hollande, entreprennent avec méthode et détermination de mettre à bas le peu de confiance qu’il leur restait dans l’opinion. Passons sur la toute nouvelle « clause de conscience » des officiers d’Etat Civil, inconnue au bataillon des guides Dalloz, mais relevons le coup de barre à mine particulièrement significatif de ces derniers jours dans cette entreprise de démolition: avoir réussi à faire publiquement cocus les sidérurgistes de Florange. De même que « Walk On By » des Stranglers en 1978 sonnait comme un écho du « Light My Fire » des Doors onze ans plus tôt, ce pitoyable épisode évoque insidieusement l’enfumage des braves travailleurs post-Mai 1981. Ah, il était loin, le bel unanimisme de gauche de la manif’ du 23 Mars 1979: les illusions des Lorrains faiseurs d’acier allaient se fracasser sur les « réalités économiques ». On voudrait, avant l’Armaggedon, donner des arguments à Jean-Luc Mélenchon qu’on ne s’y prendrait pas autrement… Et encore, s’il n’y avait que le Front de Gauche, finalement plus musclé des cordes vocales que du potentiel électoral…
Gorbatchev se jette dans un avion, vole sans plus tarder vers Moscou, et une fois arrivé se rend directement dans les studios de la télévision d’Etat. Il s’adresse, lors d’un flash spécial improvisé séance tenante, aux télespectateurs soviétiques: « Mes chers compatriotes, dit-il, j’ai deux nouvelles de la plus haute importance à vous annoncer, deux mauvaises nouvelles à vrai dire: la première c’est que ça fait plus de soixante-dix ans que nous nous fourrons collectivement le doigt dans l’oeil avec notre athéisme marxiste-léniniste, car Dieu existe, il m’a parlé comme je vous parle maintenant. Si si, j’insiste. La seconde mauvaise nouvelle c’est que Jeudi prochain c’en est fini de la Patrie du Socialisme, du monde capitaliste et même du reste de la planète. Ca sera la fin du monde, alors laissez tout tomber. »
 
Enfin débarrassée du poids de l’exercice du pouvoir – et, de facto, du bruyant histrion qui lui a servi de leader durant des années – la droite frétillait de bonheur, tout compte fait. Mais pour elle aussi, la perspective du 21 Décembre ne suggère que l’idée d’un seppu-ku en bonne et due forme. Mortelles élections primaires, qui ont vu s’affronter les deux héritiers auto-proclamés de « l’autre », pathétique exercice vaguement démocratique au déroulement à peu prés aussi limpide qu’une phrase de Roland Barthes. Au terme du processus en question, Fillon-le-clown-blanc se fait souffler le gros lot par Copé-l’Auguste et, de rage, crée un groupe parlementaire nouveau dont l’acronyme (RUMP) évoque, au choix, soit un problème de digestion, soit une onomatopée façon « Marvel Comics Group » – quand Hulk abat son gros poing vert sur la tronche d’un méchant. Quant à la signification de l’acronyme – le Rassemblement de l’Union pour une Majorité Populaire – si ce n’est pas du foutage de gueule, autant abandonner définitivement la francophonie. On voudrait, avant l’Apocalypse, faire décoller significativement l’usine à gaz politique de jean-Louis Borloo, qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Et encore, s’il n’y avait que l’UDI… C’est bien connu: quelques coups de pied au cul et les centristes se remettent dans les rangs, en cas de besoin…
Ytzhak Shamir, lui aussi, rentre chez lui et, une fois à Tel Aviv, se précipite dans les bureaux de la première chaîne télévisée israélienne. Interruption du programme, le Premier Ministre s’adresse solennellement à son peuple: « Mes chers compatriotes, dit-il, j’ai deux nouvelles de la plus haute importance à vous annoncer, deux bonnes nouvelles en vérité. La première bonne nouvelle c’est que nous avons bien de la chance, nous les Juifs, d’être le Peuple Elu, car Dieu existe, il m’a parlé hier au soir. La seconde bonne nouvelle, c’est qu’il n’y aura jamais d’Etat Palestinien. »
 
Se persuader d’une fin imminente de la planète ne rend pas forcément clairvoyant – Etat Palestinien il y a désormais, fût-il déjà en loques – ni particulièrement intelligent, c’est un fait: n’étaient les neuneus New Age globalisés se piquant de culture pré-Colombienne, le spectacle politique français du moment suffirait à en convaincre les plus indulgents des observateurs de rumeurs s’il s’avère que Hollande, Ayrault et les deux comiques du Sarkoland sont certains que tout s’arrêtera le 21 Décembre.
Quoiqu’il en soit si ça continue, il n’est pas exclu que des électeurs de plus en plus nombreux leur signifient une fin de leur monde: sachant le naufrage du conservatisme néo-libéral et l’anémie congénitale de l’extrême-gauche, si la politique social-démocrate se résume à ce qui nous est donné à voir depuis le 6 Mai et singulièrement depuis quelques jours, alors suivez mon regard, on n’a pas fini d’entendre parler du F.N. Bravo, les mecs!
Salut à tous, on se retrouve après la fin du monde.
 

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