Sarkopen, clap final

 

Ils auraient pu sortir par le haut, avec fierté. J’entends par là : la droite UMP, au pouvoir depuis dix ans, face à l’éventualité probable d’une alternance, aurait pu vouloir donner d’elle-même l’image d’une force politique fidèle à ses valeurs et à son histoire. C’est raté.
C’est raté car le champion de l’UMP en titre, candidat sortant, persiste et signe : hors du labourage des terres lepénistes, point de salut, l’objectif est simple : rafler la plus grande proportion possible des 18% d’électeurs du Front National. Dès lors pour le second tour, lui et ses thuriféraires n’en font pas des wagons, mais des porte-conteneurs. L’intox sur « l’appel des 700 mosquées » et les « piscines séparées à Lille », la viande halal dans les cantines de nos chères têtes blondes, le vote des étrangers non-européens qui va « créer du communautarisme », l’horizon imaginaire d’une « régularisation massive » : tout est bon pour laisser entendre aux électeurs de Marine Le Pen que François Hollande est le candidat des afro-arabo-musulmans-pas-de-chez-nous.
A tout le moins, on peut reconnaître à Nicolas Sarkozy et à son Karl Rove hexagonal, Patrick Buisson, le mérite d’avoir lucidement identifié les ressorts du vote F.N. Foin des analyses socio-économico-misérabilistes (un « vote de la souffrance », refrain brièvement mais clairement entonné par François Hollande, qui ce jour-là aurait mieux fait de la fermer) : le vote F.N. n’est pas un vote de protestation mais bien un vote d’adhésion. Oh, pas d’adhésion à tout le fatras idéologique de l’extrême-droite, non, mais d’adhésion à une conviction : l’immigration arabo-africaine est a priori inassimilable, dommageable aux affaires du pays et au bien-être de ses habitants « de souche ». Et cette non-assimilabilité se transmet éventuellement d’une génération à l’autre, le temps ne garantit rien. Punto, basta, le reste n’est que verbiage. Y compris le patriotisme cocardier et la défiance vis-à-vis de la construction Européenne. Car si le souverainisme était si « porteur », un Nicolas Dupont-Aignan ne plafonnerait pas à 1,8% des voix. D’aucuns diront : « Mais y a tout de même pas 18% de racistes, en France ! ». Ben si, faut croire. De xénophobes, si ça vous gratte moins. Cette conviction, donc, Nicolas Sarkozy entend expliquer aux électeurs du Front National qu’il la partage, tandis que François Hollande, non. C’est l’axe central de sa campagne de second tour.
Ce faisant, on l’a dit et redit, il brise un tabou et entreprend un rapprochement qui balaie cinquante ans de gaullisme (lire ici-même « La Droite façon puzzle »). Mais il y a, dans la stratégie électorale « Buissonnière », une faille monumentale qui relève clairement du fourrage de doigt dans l’œil. Lorsqu’en 2007 Nicolas Sarkozy « siphonna » manifestement les voix de Jean-Marie Le Pen, il proposa un contrat à ces électeurs, un contrat qui comportait trois clauses :
  1. Avec moi, vous ne serez plus emmerdés par les voyous car j’ai fait mes preuves en matière de Sécurité
  2. Avec moi, votre situation économique va s’améliorer car je vais faire la chasse aux assistés, notamment immigrés
  3. Avec moi, vous serez fiers d’être Français car je vais envoyer balader l’ « héritage de Mai 68 » et son immoralité
Et pour emballer le tout : la promesse d’un « Ministère de l’Intérieur, de l’Immigration et de l’Identité Nationale ». Ce contrat, une bonne moitié des électeurs du Front National l’ont signé il y a cinq ans. Ca les arrangeait d’autant mieux que le vote Jean-Marie, décidément, c’était un peu lourd à trimballer. Seulement voilà, on connaît la suite : aucune des clauses du contrat n’a été respectée, notamment la clause numéro trois, noyée dans les turpitudes des connivences à la Woerth-Bettencourt ou les outrances à la « casse-toi, pauv’ con ».
Là-dessus, le Front National a changé de prénom et de genre, tandis que quelques plumitifs se sont mis à éditorialiser dans un bel ensemble sur, au choix : « le tournant historique », « le nouveau visage » ou la « dédiabolisation » du Front National. Il est vrai que Marine, la fille, ne manifestait, contrairement au père, aucun symptôme d’antisémitisme, fût-il « latent » ou « codé ». Non, Marine, n’était « qu’anti-islamiste », donc tout allait bien. Anti-Arabe, singulièrement lorsque c’est entre les lignes, ça serait moins grave qu’anti-Juif, non? Bref, un Front National tout neuf, débarrassé en apparence de ses habits historiques.
Non sans avoir entretemps manqué de faire mousser la question de l’ « identité », le tandem Buisson-Sarkozy revient cinq ans plus tard avec le même contrat et là, paf : à « siphonné », siphonné et demi, le Front National est plus fort que jamais, le candidat de l’UMP trébuche. Mais le duo infernal insiste. Et avec lui, la meute hurlante des caciques de l’UMP qui quasiment tous, à de rares exceptions, entonnent l’air du « nouvel élément de langage » : Hollande, candidat de l’immigration. Fi des tergiversations, on attaque maintenant le vote F.N. dans le dur : « OK, message reçu, y a trop de Noirs et d’Arabes par chez nous »
A la marge, ça peut fonctionner. Mais à la marge seulement, car les électeurs qui ont choisi Marine Le Pen au premier tour ont, toutes choses égales par ailleurs, majoritairement en commun la détestation d’un candidat qui les a roulés dans la farine il y a cinq ans. Et le coup du « je vous ai compris » on lui a déjà fait, à l’extrême-droite. Après le carnaval, il y a le mercredi des cendres, Patrick Buisson va vraisemblablement devoir, lui aussi, se trouver un nouveau boulot.

Nonobstant, le Front National est bien parti pour durablement pourrir la vie de la droite « républicaine ». Même si elle l’aura bien cherché, pas sûr qu’il faille forcément s’en réjouir. Mais c’est une autre histoire. Ou presque.

A bientôt, et surtout faites pas les cons, dimanche prochain.

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