FFF, UMP: Superdupont rongé par le doute

L’exaltation de l’identité nationale française et sa sublimation dans un grand élan collectif passent bien souvent (si ce n’est le plus souvent , en temps de paix) par le spectacle sportif et tout particulièrement par le football. Or cette production spectaculaire, tout comme celle de la musique, s’appuie sur une certaine forme de mondialisation, mais suivant un processus inverse : la musique trouve toujours sa source dans un environnement culturel singulier et aspire à l’universel, tandis que le spectacle footballistique s’appuie potentiellement sur un rassemblement d’hommes de toutes origines et délivre, au final, un émoi local ou national. Pour ce qui est de la musique, tout le monde se contrefiche du fait que le groupe « Arcade Fire » soit canadien ou qu’Anton Dvorak soit tchèque, à tout le moins ça n’entre pas en ligne de compte lorsqu’il s’agit de dire si l’on aime ou pas. De même avec le football : peu importe l’origine d’un joueur, voire qu’il ait un second passeport, pourvu qu’il contribue à stimuler la joie, les cris, les coups de trompe et les troisièmes mi-temps triomphantes de tout un « peuple » peinturluré.
Pour ce qui me concerne, ce genre d’émoi glisse sur mon entendement comme la notion de santé publique sur la conscience de Jacques Servier. Mais cette indifférence soudaine, partagée par des foules immenses, à l’égard de la couleur de peau et des origines m’a toujours semblé constituer l’une des illustrations les plus évidentes de l’idéal méritocratique. Evidemment cet idéal, en soi, n’est pour rien dans le fait qu’un beau jour un gamin d’origine X ou Y et/ou socialement modeste se retrouve propulsé héros national ou local et, accessoirement, riche à millions. C’est d’un processus mercantile qu’il s’agit – les joueurs s’achètent et se revendent – dont la finalité est la performance sportive, et surtout les monceaux de fric qui vont avec. Et dans ce processus, l’origine de la « marchandise » est un facteur négligeable, pourvu qu’elle s’avère lucrative. N’empêche, le monde du football portait au moins cette exemplarité, même involontairement.
Et bien même pas, si on s’en tient à la déconcertante « affaire des quotas »: quelques olibrius parmi les dirigeants de la Fédération Française de Football ont semble-t-il envisagé sérieusement de mettre en place des quotas dans la sélection des joueurs, en particulier au détriment des joueurs noirs.
L’une des raisons évoquées lors de cette discussion est que, « trop costauds », les Noirs ne seraient pas assez efficaces. Voyez l’Espagne, pas un seul black et hop, champions du monde. Pathétique, ce genre de considération est un écho lointain, mais inversé, de la propagande patriotarde de 14-18 sur la « Force Noire », selon laquelle les tirailleurs « sénégalais » allaient ratatiner les boches en moins de deux, et y a bon Banania. Et du coup, allez savoir : il n’est pas exclu que ces préjugés physiques aient, ici et là, contribué par le passé à la surreprésentation des Noirs dans l’équipe de France. Mais là, crac, le doute, les Noirs balèzes ça marche plus, il en faut moins. Notons au passage que ce type de raisonnement fait l’impasse sur l’encadrement et le coaching qui, d’après ce que je crois comprendre au football, sont un tout petit peu complètement essentiels, mais bon. Quoi qu’il en soit, il semble qu’un certain nombre de dirigeants du football français s’avèrent un tantinet ébranlés dans leurs certitudes, au point de remettre en question la logique plus ou moins darwinienne qui prévaut en matière sportive. Obsession identitaire, doute identitaire.
A cet égard, plus intéressante encore est la seconde raison sous-tendant l’idée de quotas : avoir trop de joueurs à double nationalité (entendez principalement : franco-quelque-part-en-Afrique-de-l’Ouest) dans les équipes locales, c’est courir le risque à terme que ces joueurs choisissent le pays de leur second passeport pour jouer en « national » plutôt que la France, autant dire une trahison. Le même risque, notons-le, est également identifié pour ce qui concerne les joueurs d’origine ceci ou cela. Plus intéressante car, en deux temps trois mouvements, deux illustres zozos du monde politique ont jugé bon de « rebondir » sur cette question de la double nationalité et d’en élargir l’enjeu : l’un, Claude Goasguen, pour carrément envisager de l’interdire, l’autre, Thierry Mariani, pour proposer un fichage des bi-nationaux. Rappelons que si le premier est un éminent représentant du courant « anciens du groupe Occident » au sein de l’UMP, le second anime au sein du même parti la mouvance « Marine-land, pourquoi seulement à Antibes ? ». Autant dire des hommes politiques à la conscience nationale chevillée au corps, des hommes politiques dont on imagine qu’ils se tatoueraient volontiers des drapeaux tricolores sur l’épaule, des hommes politiques dont on soupçonne que la qualité de Français leur procure quotidiennement un grand frisson. Pourtant, Goasguen et Mariani observent leurs contemporains comme Gregor Mendel ses drosophiles, et ils en arrivent à la terrible conclusion que l’état de Français est un caractère récessif. Dans leur analyse, que par malheur cette nationalité se trouve en concurrence avec une autre et pffuit, terminé. La quête effrénée, en France, de l’ « identité nationale », ressemble à la chasse au dahu que l’on fait subir aux gosses en classe de montagne. Comme le dahu, elle est introuvable tant elle est fragile, en définitive cette quête peut s’avérer anxiogène. Obsession identitaire, doute identitaire.
Certains dirigeants du football français ne semblent plus assumer le caractère intrinsèquement mondialisé du spectacle qu’ils produisent. Ils en viennent à se demander à quoi ça devrait ressembler, une équipe de France. Un peu comme si Apple Inc., parce qu’une partie des iPad est fabriquée au Japon, se mettait à douter de son efficacité comme entreprise, donc de son américanité. Dans la foulée, des UMP à poil dur révèlent, bien involontairement, leur angoisse existentielle, qui sans aucun doute traverse également leurs cousins frontistes.
Décidément, Superdupont ne se porte pas bien. Mais si je dois avouer que je me tamponne allègrement de l’avenir du football hexagonal, l’incertitude qui ronge les politiques obsédés du tricolore ne peut que me réjouir.
A wech all

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