Retour triomphant d’un racisme sans chichis

Je navigue sur « Libération.fr » lorsque paf, mon regard est arrêté par une pub « en partenariat » avec la FNAC: « meilleures ventes romans », numéro un « Le Camp des Saints » de Jean Raspail.
Intéressant.
A vrai dire, j’ignorais que ce bouquin datant de presque quarante ans (1973) avait été réédité. Je me souviens de l’avoir lu quelques années après sa sortie et, petite recherche rapide, je m’aperçois que l’auteur s’est longuement expliqué de cette réédition dans le « Figaro Magazine » le mois dernier.
Ah, le « Camp des Saints ». L’auteur le dit lui-même, sans cacher sa jubilation: un tel ouvrage est susceptible de lui valoir aujourd’hui les foudres de la justice car, pointe-t’il gravement en substance, il existe une « bien-pensance » qui interdit « au nom de l’anti-racisme » qu’un certain nombre de choses soient dites. La loi Gayssot, la HALDE, tout ça. Car ce roman n’est pas n’importe quel roman. Le site de la FNAC nous précise, dans son « prière d’insérer » en ligne: « (…) Certains ont été choqués par la façon dont la question était posée, d’autres, en France comme à l’étranger, ont parlé d’oeuvre prophétique. Aujourd’hui, ce débat n’a rien perdu de son actualité (…) ». Dans l’interview du « Fig’ Mag’, » Jean Raspail nous en dit plus: un des étrangers qui ont vu en lui un « prophète » n’est autre que l’Américain Samuel Huntington, l’auteur du « Choc des civilisations ». Sans blague?
Il est vrai que le « Camp des Saints » raconte une histoire terrible: un  jour, une centaine de bateaux (ambiance « rafiots pourris ») portant chacun en leurs flancs des milliers de gueux à peau sombre en provenance d’Afrique et du sous-continent Indien, font route vers la douce terre de France et finissent par s’échouer sur les plages de la Côte d’Azur (l’histoire ne dit pas ce qu’il advient de Brigitte Bardot en sa résidence de la « Madrague »). Tout au long du périple de cette armada d’un nouveau genre  « l’Occident », tétanisé par son humanisme, son « droits-de-l’hommisme » comme l’explique Jean Raspail, ne fait rien d’autre qu’attendre l’inéluctable, à savoir l’engloutissement sous une marée humaine. Oh, il y a bien quelques tentatives de « résistance » ici et là: un hebdomadaire « courageux » (Rivarol?), discrétement soutenu par le Président de la République (Pompidou?) qui, sous les injures de médias tous ralliés à un tiers-mondisme naïf, sonne le tocsin. Ou bien l’admirable République d’Afrique du Sud (en 73, c’était encore la joyeuse époque de l’apartheid) qui tente de stopper les navires lorsqu’ils passent au large du Cap de Bonne-Espérance. Las, sous la pression de puissances occidentales décidément bien inconscientes, les gentils Afrikaners renoncent à leur projet. Pendant ce temps-là, la « civilisation » s’effondre. On voit même les Noirs sortirs de leurs ghettos, du côté de l’Alabama et du Mississipi, et se ruer sur les quartiers Blancs, c’est vous dire. La fin du livre voit une poignée de « résistants », réfugiés dans un mas provençal, faire face les armes à la main –  façon film de zombies à la George Romero ou à la manière du « ranger » encerclé par les « skinnies » Somaliens dans « Blackhawk down » – à une marée humaine qui, inévitablement, les submerge. Fin du mas provençal, fin de la France, fin de l’Occident, fin du monde, donc.
« Le Camp des Saints » best-seller à la FNAC, qui ne se tient plus de joie et le fait savoir aux lecteurs de « Libé », il faut reconnaître que l’événement est des plus instructifs sur ce qu’on appelle l’ « air du temps ».
Pas besoin d’aller chercher entre les lignes, Jean Raspail y exprimait bien explicitement son obsession: celle d’une « race blanche » qui, si elle n’y prend garde, sera inéluctablement submergée par un métissage généralisé sous la pression migratoire des masses du tiers-monde. Dans l’univers de Jean Raspail, seuls une poignée de « Sudistes » (les fameux « Saints ») ont pris conscience de la chose mais, horreur et damnation, ils subissent l’opprobre et l’injure des « bien-pensants ». Dans cette réédition 2011, l’auteur persiste et signe et évoque, dans sa préface, une force nuisible qu’il baptise « Big Other ».
A l’aube des années 80, Jean Raspail signait un dossier de plusieurs pages dans le « Figaro Magazine » (déjà lui) intitulé « Serons-nous encore Français en l’an 2000? » dans lequel, projetant hardiment sur vingt ans et plus les taux de fécondité ou supposés tels des « E.N.E. » (Etrangers non-Européens – sic!), il prédisait, « chiffres à l’appui » que non, justement, les Français ne le seraient plus, Français, en l’an 2000, tout mélangés qu’ils seraient d »E.N.E. », beurk.
Bref Jean Raspail c’est du brutal, de la bonne vieille pensée réactionnaire droite dans ses bottes. A 86 ans le bonhomme brandit son monarchisme légitimiste comme d’autres une banderole et – osera-t’on, au risque de se voir interner dans le camp des « pas-Saints » avec les séides de « Big Other » – une vision du monde franchement, ouvertement et bruyamment porteuse d’un racisme à l’état chimiquement pur. Car chez Jean Raspail on ne tourne pas autour du pot, façon Zemmour ou Marine Le Pen, on ne s’affuble pas du masque de la « laïcité ». L’islam n’est un problème que parce qu’il s’agit d’une religion pratiquée par des « E.N.E. », la vraie question c’est celle du métissage potentiel, point-barre. Il annonce la couleur, si l’on ose écrire. Je vous fiche mon billet que Jean Raspail est plus à l’aise avec l’hypothèse de voir émigrer en France 30 000 Suédois convertis à la religion de Mahomet ou à l’Hindouisme qu’avec celle de voir approcher des côtes 300 Burkinabès adeptes de Jésus-Christ.
« Le Camp des Saints » best-seller à la FNAC, donc. Il se trouvera bien encore ici et là, au « Fig’ Mag' » ou ailleurs, quelques plumitifs pour nous jouer la rengaine d’e la « bien-pensance » opprimant de courageux « dissidents », surtout s’il prend l’envie à quelque organisation antiraciste d’aller pousuivre l’auteur en justice – Jean Raspail s’en vante, il y aurait matière à le faire. Mais un ouvrage qui cartonne au box-office du premier libraire de France, libraire a fortiori trimballant, à tort ou à raison, une réputation gauchiste-intello, j’ai du mal à le considérer comme un brulôt « dérangeant la pensée dominante ». Surtout si ledit libraire trouve judicieux d’en faire l’article à la une d’un autre éminent symbole du « Big Other », le journal « Libération ».
Pour tout dire, il conviendrait d’informer Jean Raspail que la « pensée dominante » ou en tout cas une pensée qui a le vent en poupe, ces temps-ci, c’est peut-être bien la sienne. Il n’est qu’à voir le succès dans l’opinion d’une certaine candidate à la présidence qui n’a que le mot de « tsunami migratoire » à la bouche, discours repris presque mot pour mot par Sarkozy et ses séides. Trente-huit ans plus tard, l’obsession du « Camp des Saints » est une réalité politique. Tant il est vrai que « the times they are a-changin’ « , même si ce n’est pas dans le sens où l’imaginait Bob Dylan en 1963.
Ciao, belli.

2 réflexions sur “Retour triomphant d’un racisme sans chichis

  1. J'espère qu'il ne fera pas de séances de signature à la Fnac des Ternes : il paraît que l'immeuble loué par la Fnac appartient à…Khadafi !! Hi hi !! (cf Libé du 14/3/11)

    Catherine – E.J.E (Éducatrice de Jeunes Enfants, ouf !)

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  2. Pingback: Migrations et « Populisme : Salauds de Pauvres! | «Helvetia Atao!

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