2016, le bout du tunnel

Le Sarkozysme, en tant que mode de gouvernance, a ceci de particulier: il est à la fois imprévisible et cousu de fil blanc.
Imprévisible car le Président de la République française conçoit son mandat comme un plan média avec des séquences qui sont prévues soit des mois à l’avance, soit sous quarante-huit heures. Ces séquences, très rapprochées et de nature coq-à-l’ânesque, ont pour effet de surprendre à la fois médias et adversaires politiques.
Cousu de fil blanc car ces séquences s’inscrivent ouvertement, et même parfois outrageusement, dans le cadre d’une tentative permanente de conquérir l’opinion, soit par segment, soit de façon transversale. Avec, en ligne de mire, la présidentielle de 2012. Et rien d’autre.
Suite à la déculottée historique de la majorité aux élections régionales on a assisté au déclenchement d’une phase « reconquête-de-l’électorat-de-droite » également désignée sous les termes de « retour-aux-fondamentaux« . Foin du dépassement des clivages, du « ensemble, tout devient possible », trêve de billevesées, donc, on attaque dans le dur: la droite, se dit-on à l’Elysée, depuis toujours c’est l’obsession de l’ordre, la tendresse pour la ruralité, et la propension à proposer des options économiques « responsables ». Alors exeunt les préoccupations écologiques et la « réforme du capitalisme », on va parler flicaille, soutien aux agriculteurs et tiens, ça c’est une bonne idée, on va s’occuper du « problème des retraites ».
C’est une bonne idée car malgré sa complexité, ce dossier porte en germe ce qu’on appelle un élément « clivant »: l’âge légal de la retraite. Peu importe que cet âge légal soit, dans les faits, souvent trop peu atteint – la retraite anticipée, alternative présentable, et de surcroît subventionnée, à un coûteux licenciement sec, peu importe que cet arbre cache la forêt des questions de la pénibilité et de la variabilité de l’espérance de vie… La mise en avant de cette question présente deux avantages: un, elle escamote habilement celle des sources de financement alternatives à la masse salariale; deux, « la-retraite-à-soixante-ans » est un symbole à gauche.
Bingo: tandis que la direction du PS monte sur ses ergots pour défendre ce symbole, la droite se targue de « briser un tabou » (tout en faisant semblant d’avoir envisagé cette option en dernier recours, alors qu’en fait elle ne pense qu’à ça depuis le début). Chacun retrouve ses marques sans trop se fouler. Net net, Sarkozy continue sa reconquête du « peuple de droite », et c’est ça qui compte pour l’instant.
Mais le côté « clivant » de l’âge de la retraite ne présente pas, à terme, que des avantages. Après tout, de nombreux électeurs de droite sont salariés. Et par ailleurs, aussi convaincu qu’on puisse paraître de sa propre toute-puissance, il faut se rendre à l’évidence: le problème du revenu des agriculteurs est plus durable que leur gestion des sols, et les initiatives sécuritaires patinent ouvertement dans la semoule. Sur les « fondamentaux », ça sent un peu l’échec, somme toute. Il serait grand temps de se dégotter un vrai succès…
Mais…? Quelle est cette clameur de joie qui monte ce jour du peuple d’en bas, du milieu, d’en haut?…
« OUAIIIIS!!! ON-A-GA-GNE!!!! »
Quoi, demandez-vous? Enfin pardi, mais bien sûr: la France va héberger, en 2016, la coupe de l’UEFA!
Et tout ça grâce à qui, hmm? La preuve, Il est allé Lui-même défendre la cause de la patrie à Genève, ce jour, coiffant au poteau les perfides Ottomans et les futiles Transalpins.  » (…) C’est bien qu’il soit venu. Si Nicolas (Sarkozy) n’avait pas été là, la Turquie aurait certainement gagné » admet Michel Platini, président de l’UEFA. Et ça, reconnaissons-le, ç’aurait été affreux.
Alors du coup, l’avenir s’éclaire. 2016, certes, c’est loin, mais quelle belle lueur au bout de ce long tunnel… Car dans la minute qui a suivi l’annonce de cette grande victoire, on a pu en apercevoir les fruits merveilleux: sept stades à rénover, quatre à construire, sans compter les infrastructures de transport public qu’on créera à l’occasion – jusque là, ces projets d’infrastructure semblaient bien dispendieux mais là, vous pensez bien, on ne va pas mégoter. Toutes activités qui vont générer des emplois dans le BTP, bien sûr, même si les recettes sociales qui devraient aller avec risquent de manquer un peu – le BTP a une réputation qu’il ne saurait trahir. Et puis, des semaines durant, des centaines de milliers de supporters des quatre coins du continent viendront nourrir une ambiance bon-enfant, joyeuse mais digne, toute de fraternité et de tolérance. Le tout pour quelques centaines de millions d’euros de dépenses publiques, une paille.
Le spectacle footballistique comme dérivatif à une morosité qui, si on n’y prend garde, peut dégénérer en ressentiment politique, le constat n’est pas nouveau. Le simple fait de l’énoncer est même un lieu-commun usé jusqu’à la corde… mais ce lieu-commun a sa part de vérité. « J’entretiens onze imbéciles pour en calmer neuf cents », disait le personnage joué par Jean Bouise – propriétaire du club de foot et de l’usine du coin – dans « Coup de tête » de Jean-Jacques Annaud (1979)…Dans le cas qui nous occupe, ça fait un peu plus de monde à calmer.
Mais par les temps qui courent, montrer qu’on a « la gagne » sur des enjeux aussi considérables que le foot, c’est toujours bon à prendre. A la fois imprévisible et cousu de fil blanc, je vous dis.
Allez, salut

2 réflexions sur “2016, le bout du tunnel

  1. ouais, ben, c'est pas gagné! A la fois pour les Bleus, et pour la France, notre beau pays. Quand tu parles de 2016, j'ai comme une vision d'horreur: à cette date, le Roi Nico 1er et sa clique de joyeux drilles seront encore au pouvoir…
    Allons, allons, je me secoue, ce n'est qu'un mauvais rêve! Tout va bien, je peux me replonger dans la contemplation de la télé, et me préparer aux matches de la Coupe du Monde, le seul véritable événement de l'année (euh?) – ON VA GAGNER! au moins le 1er match, quand même…enfin, bon, on espère…

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  2. Deux sujets de fonds :
    La coupe du monde 2010. On va perdre très vite, dans les grandes largeurs, reparler du cout faramineux de l'hôtel des bleus et oublier très vite l'ère de Raymond qui aura réussi à griller toute une génération de joueurs !
    L'élection de 2012 : je ne m'en cache pas, j'ai voté Sarkozy en 2007 au premier et au deuxième tour. Comme certains je suis déçu aujourd'hui car il n'y a pas de politique à long terme mais que des coups ponctuels et encore souvent du clientèlisme. Alors même si je ne vote pas pour lui (je vais revenir à mes racines vertes, avec Corinne Lepage ou Eva Joly pour Europe Ecologie) il faut suivre de très, très près Dominique de Villepin. Car la droite que l'UMP veut reconquérir elle est là ! J'ose un pronostic pour 2012 au premier tour :
    DSK : 25 %
    Sarkozy : 22 %
    Marine Le Pen : 15 %
    Eva Joly : 12 %
    De Villepin : 10 %
    Besancenot : 6 %
    Bayrou : 4 %
    Les autres : 6 %

    Ca laisse quand même un réservoir de voix de 51 % pour la droite. Mais ceux qui voteront Le Pen, De Villepin ou Bayrou au premier tour ne se reporteront sans doute pas sur le président sortant.
    Rendez vous dans deux ans !
    Gilles

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