Les faits-divers qui la foutent mal

Vous l’aurez sans doute remarqué, la belle et bonne entreprise Carrefour, dans sa chasse au chaland permanente, nous a recyclé il y a quelques mois sa vieille rengaine « Avec Carrefour, je positive »: une campagne TV mettait en scène, entre autres, un moins que trentenaire dont le visage s’illumine à mesure qu’on lui explique toutes les merveilleuses choses que Carrefour a inventées pour lui permettre de consommer davantage, donc d’être plus heureux, tout chômedu qu’il puisse être éventuellement par ailleurs. Pas de quoi en déféquer un Panzer, m’objectera-t’on: un épicier, même gonflé aux hormones comme Carrefour, fera n’importe quoi pour améliorer sa condition d’épicier, il se contrefout du ridicule comme de l’indécence éventuelle de son propos. Il y avait cependant quelque chose de symptomatique dans cette campagne: en ces temps de crise, où les chiffres du chômage en France s’incrémentent de dizaines de milliers de personnes par mois, non seulement il convient de ne pas alimenter la désespérance sociale, mais également il sera bon de la noyer sous un déluge de messages dérivatifs (fussent-ils, comme dans le cas de Carrefour, implicitement situés dans le registre: « à quelque chose, malheur est bon ») afin, in fine, de la nier. Le présumé fauché de la pub Carrefour, par le grâce de magasins dont l’assortiment est proposé à des prix adéquats, ne devient pas plus riche: il y a que ni sa pauvreté ni bien sûr les causes de sa pauvreté ne sont des questions dignes d’intérêt. Sic transit le fait social, donc. Rien d’étonnant à cela, cependant, dans l’univers du spectacle publicitaire.
Mais cet escamotage du social, c’est également en définitive la nouvelle finalité du Sarkozysme « hyper-communicant« : cette obsession de quotidiennement « nourrir la bête » médiatique visait naguère à gagner l’élection présidentielle puis à en prolonger l’état de grâce indéfiniment (jusqu’à 2012, au moins). En ces temps de crise, elle a pour but désormais de désamorcer par avance toute forme possible de cristallisation des mécontentements. Le fait est que l’objectif est atteint: les syndicats ne savent plus quoi faire de leurs grèves ni de leurs manifestations (si tant est qu’elles aient quelque consistance) et le PS est bien trop occupé à se gratter l’eczéma pour produire et exprimer une quelconque alternative économique et sociale cohérente. Et nonobstant les gesticulations des lagôchedelagôche sic transit, là encore, le fait social, mais cette fois dans un monde bien moins virtuel, quoiqu’on en dise, que celui de la publicité: celui de la politique et du débat d’idées.
Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des Sarkolands possibles si, crotte de crotte, ne surgissaient des parasites infiniment plus dévastateurs que les communiqués de presse du PS ou les élucubrations Ségoléniennes: des « affaires » qui, par leur côté spectaculaire et/ou emblématiques, produisent un « bruit » compliquant sérieusement, voire annihilant le « coup média permanent » du Président et de ses acolytes. Et ces temps-ci, elles s’accumulent.
  • On vient d’annoncer, ce jour, le 25ème suicide chez France Telecom en dix-huit mois. Passons sur la pathétique « communication » des dirigeants du groupe, passant, en quelques semaines, du déni au cynisme, puis du cynisme à la compassion hypocrite et stérile. On retiendra ici l’ombre sérieuse que l’accumulation de ces drames jette sur le discours de droite selon lequel la mutation de salariés protégés en soutiers vivant dans une « saine incertitude » (comme disait Lindsay Owen-Jones, ancien PDG de l’Oréal) est non seulement possible, mais souhaitable
  • « Oyez, oyez, braves gens: en cet an de grâce Deux-mil-neuf, le roi Nicolas 1er a décidé que son fils le prince Jean serait doté de la riche seigneurie des terres de l’EPAD« . Les braves gens, à droite tout autant qu’à gauche, sont d’abord pris d’une crise de fou-rire: « elle est bonne, celle-là ». Puis leur rire se fige, car il ne s’agit manifestement pas d’une blague. Du coup, les grandes tirades Sarkozyennes sur le « mérite républicain » et l' »effort individuel » perdent un tantinet de leur capacité mobilisatrice
  • Mitterrand ministre de Sarkozy, c’était un bon coup, ça, coco. Las: ledit ministre s’est trouvé embarqué dans un sordide « débat » autour des cabrioles tarifées qu’il confessa (il y quatre ans) avoir naguère pratiqué en Thaïlande avec des garçons. Et « on » se demande si lesdits garçons avaient franchement passé l’âge de la Nintendo DS. On connaît la séquence: Marine Le Pen, en mal de reconquête des cathos-ratapoil du FN, lance le bazar, puis Benoît Hamon, porte-parole du PS, estime judicieux d’en remettre une louche. Au final, le sentiment d’un acharnement opportuniste. Mais aussi, à droite, un malaise palpable : il y a belle lurette qu’un dandysme à la Gabriel Matzneff ne passe plus la rampe, alors défendre un Mitterrand sur une histoire pareille – aussi injustes puissent être les accusations dont il est l’objet – le député et le militant UMP se disent qu’ils ont mieux à faire

Le Sarkozysme, par sa frénésie à produire de l »actualité » au quotidien, a réussi à évacuer la question sociale du débat politique – aidé dans cette tâche par un PS auto-destructeur. Il y a substitué un continuum « people et faits-divers » quasi-exclusivement centré sur la personne même du Président. Mais quand, dans le champ médiatique omniprésent, off- et on-line, les « bruits » successifs sont: les drames humains d’un « champion économique » visiblement mortifère; l’affichage désinvolte d’un népotisme outrancier; l’agitation autour de la vie privée d’un ministre qui, quoi qu’il en soit, ne « parle pas » au coeur d’électorat UMP… on se dit sans doute, à droite, que ça commence à faire beaucoup.

Car quand les faits-divers la foutent mal, somme toute on préfère les faits tout court. Eh oui, mais il aurait fallu y penser avant.

A bientôt

Une réflexion sur “Les faits-divers qui la foutent mal

  1. Bonjour la Suisse,

    Vous voulez savoir ce qu'un votant de Sarkozy de 2007 pense aujourd'hui ? Il en a marre ! Marre que ces politiques qui ont le pouvoir ne s'en servent que pour leur usage personnel et leurs amis.
    Passons sur l'affaire Mitterrand, c'est bien connu, on ne sort les secrets que le jour où vous avez un peu de pouvoir (qui a relevé il y a 4 ans le passage du livre ? Personne). Passons sur les dérives racistes des uns et des autres, il se sont on le sait bien mais on fait avec. Passons sur le parachutage de David Douillet, on se dit qu'il ne pourra pas faire aussi mal que son prédécesseur qui était un vrai gredin.
    Mais l'affaire du prince Jean c'est la goutte qui fait déborder le vase. Comment prononcer le matin même un discours devant des étudiants pour vanter les mérites du diplôme et laisser son fils se présenter le jour même. Alors c'est vrai c'est une élection au sein du conseil et non pas une nomination. C'est un élu du CG 92 qui est légitime comme les autres. Ce que semble oublier ce garçon de 23 ans c'est que la place de tête de liste en 2007 on lui a offerte sur un plateau dans un canton qui vote à 80 % à droite ! Impossible pour lui de perdre. Quant à sa place de chef de groupe UMP au CG 92 contre l'avis du président de ce même CG 92, c'est encore papa qui est intervenu ! Qui a demandé et promis un poste à Hervé Marseille, maire de Meudon, c'est encore papa qui est intervenu ! Et ce jeune homme croit que tout ça c'est grâce à son mérite. Si ce n'est pas un véritable idiot, c'est un vrai opportuniste. Et il ne compte pas s'arrêter là ! La présidence du futur grand ensemble de la Défense jusqu'à Nanterre lui tend les bras. La présidence du CG92 en 2011 est son objectif suivant. La députation en 2012 le prochain. Président en 2017 ?
    Aux yeux du monde entier on passe pour des crétins. Ca me rappelle une question de Laurent Joffrin lors de la première et ultime conférence de presse de Sarkozy. Il lui avait posé la question sur la dynastie. Sarkozy avait très mal pris la chose et avait à plusieurs reprises humilié Joffrin en ayant tort en plus. Il avait surtout dit qu'il n'était le fils de personne ! Mais Joffrin parlait de celle qu'il mettait en place, pas de celle qu'il récupérait. Quoique quand on y songe, si Pasqua n'avait pas était là, aucun des cadors du CG 92 n'existerait et même Sarkozy ferait autre chose.
    J'arrête là mon désœuvrement de cette droite qui commence à partir en vrille.
    En 2007, je regrette de ne pas avoir voté blanc (impossible pour moi de voter Royal). Mais en 2012, qui sera en face, crédible, pour proposer autre chose ? C'est à ça que toute la gauche devrait réfléchir au lieu de se tirer dans les pattes.
    Salutations depuis la France.
    Gilles

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