Ces gens-là

Vous aimez Jacques Brel? Moi aussi. En ce moment me trotte dans la tête la superbe chanson « Ces gens-là« , lorsque j’essaie de faire le point sur la déferlante d' »actualités » qu’inflige à ses concitoyens le gouvernement de Nicolas Sarkozy.
La grande affaire du moment, c’est bien évidemment « la » crise économique. On vient d’apprendre avec soulagement que la Commission Européenne avait donné son feu vert à la France pour que nos pères (et mères) Ubu activent sans trop compter leur Pompe à Phynances au bénéfice des banques. Non que ladite Commission ait trouvé à redire au fait que le contribuable, sans même s’inviter dans leurs conseils d’administration, éponge les conséquences de la déraison spéculative des établissements financiers… Non, ça, c’est normal. Les inquiétudes de la Commission portaient sur le fait que les 10,5 milliards d’euros promis risquaient de porter atteinte à la fameuse « concurrence libre et non-faussée« . Et là, fouyouyou, ç’aurait été très très grave. Mais tout bien réfléchi, la Commission trouve que là, non, ça va. On respire, le CAC 40 aussi, bref l’espoir renaît. Il renaît d’autant plus que le Président en personne, la semaine dernière, a annoncé un train de « mesures » pour protéger la France du vilain coup de tabac économique (fermetures, chômage technique, chômage tout court…) consécutif aux facéties de la planète financière (voir plus haut): il y en a pour 26 milliards d’euros, excusez du peu. On n’entrera pas ici dans les détails de ce « plan », mais on notera deux choses: la première, c’est que la majorité de cet « effort » consiste en règlements anticipés de dettes de l’Etat aux entreprises (TVA) et en « accélération » de programmes déjà prévus (TGV, etc…), la seconde c’est que selon les mots mêmes du chef de l’Etat « notre réponse à la crise, c’est l’investissement », en d’autres termes une politique d’offre. Il n’est à ce titre pas fortuit que le Medef s’en soit bruyamment réjoui, déclarant en substance que ce plan allait « dans le bon sens ». Ben tiens, tu m’étonnes, Laurence. Faire en sorte que les salaires augmentent, lutter contre le travail précaire, les licenciements au gré de délocalisations profitables? Mais vous n’y pensez pas, voyons. Non, si les pauvres veulent de l’argent en plus, il faut qu’ils travaillent plus, mettons, tiens, le dimanche, par exemple. Car bien sûr on en est conscient: à la base, il s’agit bien d’un problème de consommation des ménages. L’institut d’études Nielsen mesure à intervalles réguliers les achats de dizaines de catégories de produits. Chiffres du troisième trimestre 2008 comparés à ceux de la même période en 2007 pour la France, sur la base d’un « panier » de catégories alimentaires et non-alimentaires de consommation courante: -3% en volume… mais +6% en valeur. En clair: c’est plus cher, ma pauvre dame, alors on achète moins.
Taratata: la réponse, c’est « l’investissement », coco.
Bref, l’Etat déverse à pleins tombereaux l’argent du contribuable dans l’escarcelle des entrepreneurs, à commencer par les plus fougueux d’entre eux – les banquiers – en croisant les doigts très très fort pour que la machine consommatrice, moteur de la croissance en France, se remette un poil en branle. Même si on a du mal à voir comment l’un peut avoir un effet sur l’autre.
Car chez ces gens-là,
on ne pense pas, Monsieur,
on ne pense pas:
on prie.
Autre grande affaire: la « réforme de l’audiovisuel ». Premier volet: il s’agit de supprimer la publicité sur les chaînes publiques. Petit souci: les recettes publicitaires des chaînes publiques c’est 800 millions d’euros par an. Qu’à cela ne tienne, avait claironné Sarkozy, qui pense à tout: on instaurera une taxe de 3% sur les recettes publicitaires des chaînes privées, et puis une autre taxe sur la téléphonie mobile, sur Internet, tout ça. Vous inquiétez pas. Oui mais voilà: l’état-major de TF1 a fait un lobbying du feu de Dieu, tant et si bien que les députés UMP, dans leur grande sagesse, prévoient de ramener cette taxe à 1,5%. Sachant que par ailleurs les opérateurs de téléphonie mobile et les fournisseurs d’accès à Internet ne sont pas manchots non plus, au final les 800 millions n’y seront pas. C’est donc l’Etat (encore lui) qui en sera de sa poche. Second volet: fi de l' »hypocrisie » des instances de régulation officiellement indépendantes du politique (Haute Autorité, puis CSA), désormais les responsables de chaînes publiques seront nommés par le Président de la République. Et bisque, bisque, rage.
Ce n’est pas un scoop, Nicolas Sarkozy attache une très grande importance aux médias, et réciproquement. De fait, les grands patrons des médias en France (Bouygues, Lagardère, Dassault…) sont très officiellement des amis du Président. Des amis utiles: on ne saurait négliger l’impact d’une « une » sympa de Paris-Match ou d’un bon reportage télé sur une cote de popularité et, à terme, sur une réélection. Que ne ferait-on pas pour ses amis? Et zou, une réforme de l’audiovisuel, en espérant que la grande majorité des 800 millions de recettes évaporés de France Télévision tombe dans l’escarcelle de TF1. Et puis on ne va pas prendre le risque d’un irrespect, même timide, des rédactions de France Télévision vis-à-vis des grandioses réalisations du Génie-des-Hauts-de-Seine. Allez hop, je te remets de l’ordre dans ce bazar. C’est que 2012, c’est dans trois ans.
Car chez ces gens-là,
on ne cause pas, Monsieur,
on ne cause pas:
on compte.
Enfin, on ne saurait oublier l’événement certes mineur, mais ô combien symptomatique que constitue le mini-remaniement ministériel en cours: Xavier Bertrand quitte ses fonctions au Ministère du Travail pour prendre la tête de l’UMP. Exit de la direction de ladite UMP le légendaire Patrick Devedjian, nommé Ministre en charge de l’exécution du Plan de Relance (par l' »investissement », voir plus haut). Il est vrai que ça manquait dans le dispositif, un Ministre de la Relance. Christine Lagarde s’occupe de l’Economie et des Finances, c’est très prenant comme fonction: pas le temps de s’occuper, en plus, de la crise. D’ailleurs elle n’a pas reçu l’e-mail comme quoi il y en avait une, de crise. Passons.
Xavier Bertrand à la tête de l’UMP, donc, mais au fait comment se fait-ce? Aurait-on, à l’insu des médias, organisé des élections au sein des militants-du-parti à-jour-de-leurs-cotisations, comme on dit? Impossible, ça se serait su. On aurait donc mis en place un vote au sein des membres dirigeants, genre responsables régionaux ou départementaux? Non plus, là encore il y aurait eu des fuites. Vous n’y êtes pas du tout: les élections, c’est un truc ringard, résolument archaïque, tout juste bon pour des socialistes et on voit où ça les mène, ces conneries. Non, à l’UMP, on est moderne et pragmatique: le Président a décidé, ça sera Xavier Bertrand, et ceux qui ne sont pas contents n’ont qu’à aller se faire estimer chez Bayrou, ça lui fera des vacances, au Président. Le Parti du Président, c’est comme la France: on aime, ou on s’en va.
Foin de la « démocratie interne » et autres chimères. Verrait-on un PDG élu par ses salariés, hein, je vous le demande?
Car chez ces gens-là,
on ne vote pas, Monsieur,
on ne vote pas:
on nomme.
Sur ce, à bientôt.

3 réflexions sur “Ces gens-là

  1. Bonjour La Suisse,Les news ne tombent pas souvent mais quand elles tombent ça fait mal ! Faut dire que l’actualité s’y prête. Pour ceux qui ne le savent pas encore Xavier c’est le futur premier ministre dès que l’autre fait une bêtise. Mais comme disent certains, comment voulez vous qu’il fasse une bêtise puisqu’il n’a rien à faire ? Avec le petit Nicolas qui fait tout à sa place !Sinon pour découvrir tous les secrets des débuts politiques du petit Nicolas, et ses influences corses, je vous renvoie vers l’excellent « 9-2 le clan du Président » signé par Hélène Constanty et Pierre-Yves Lautrou. Une véritable petite merveille, encore plus savoureuse quand, comme moi, vous habitez dans le 92, êtes quelque fois en contact avec le CG et surtout aide comme je peux le pauvre Vincent Gazeilles, conseiller général de Clamart qui se débat avec ses idées vertes et son côté incorruptible contre ces messieurs.Salutations de FranceGilles

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  2. Cela m’évoque l’excellent article d’Agoravox.fr repris dans ‘Vendredi’. Article qui comparait la méthode Sarkozy à une ‘dictature molle’, constituée par les ‘faits graves’ suivants : ‘propos présidentiels et gouvernementaux blessants, stratégie récurrente de division de nos concitoyens, appropriation des moyens de l’Etat par des groupes d’intérêt ou des personnes, institutions publiques affaiblies, système judiciaire attaqué, actions policières de plus en plus politiques conduites avec une violence inutile’…

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