Des mamours à Mouammar

Les Talibans sont des cons. Non seulement parce que, pour la plupart, leur niveau d’éducation se résume au mieux à l’apprentissage par coeur du Coran (remarquez, faut le faire, quand même), formation agrémentée ici et là de quelques notions en matière d’explosifs et de maniement d’armes, mais aussi parce que terroriste ou « bête-noire-de-l’Occident« , c’est un métier, ça ne s’improvise pas.
Lesdits Talibans retenaient depuis un moment vingt-trois otages Sud-Coréens. Ils viennent d’en tuer un, et que demandent-ils en échange de la libération des vingt-deux autres? Que le gouvernement afghan sorte vingt-deux des leurs de ses prisons. Et rien d’autre. Faut vraiment en tenir une couche: voilà des gens qui tuent de sang-froid quelqu’un qui ne leur a rien fait pour voir leurs rangs s’incrémenter de types encore plus bêtes qu’eux, puisqu’ils se sont fait prendre. Avec pour perspective de reprendre tous ensemble une guerre sainte en vue de bouter les « croisés » hors d’Afghanistan et y établir une République Islamique version 2.0. En d’autres termes, au mieux vivre au coeur d’un régime moyen-âgeux – qui les privera de DVD pour le restant de leur vie et maintiendra leurs femmes et leurs filles sous la forme de salières bleues -, au pire se faire buter par les forces de l’OTAN ou lors de la guerre civile qui suivra leur départ. Alors qu’ils auraient pu, je ne sais pas, moi, exiger qu’on leur livre George Bush enduit de goudron et de plumes, ou que la Basilique Saint-Pierre de Rome soit transformée en Mosquée Rouge remplie de barbus… Aucune imagination… Des cons, je vous dis.
Terroriste, c’est un métier qui exige intelligence et raffinement et qui mène à tout, à condition d’en sortir juste à temps. « La trahison, c’est une question de moment » disait Talleyrand (une espèce d’Eric Besson du XIXème siècle, en beaucoup plus lettré): jouer les vilains-qui-font-flipper-les-pays-occidentaux-et-leurs-alliés, c’est la même chose.
Prenez quelqu’un comme Mouammar Kadhafi, par exemple. Sa responsabilité – ou celle de son régime, ce qui revient au même – est patente dans des attentats contre des avions civils – Lockerbie (270 morts) en 1988, le DC 10 d’UTA en 1989 (170 morts)- et son soutien financier et logistique à tout ce qui portait cagoule et Kalashnikov dans les années 70-80 a été maintes fois établi. Mais depuis quelques années, le monsieur est rentré dans le rang, donnant des gages aux américains en renonçant à son « programme d’armes de destruction massive » et en aidant discrètement la CIA à chasser le jihadiste au Maghreb. Ce virage à 180 degrés a fait suite au 11 septembre, Kadhafi ayant eu la sagesse de se rendre compte qu’une vitrification de son pays par le Pentagone était un scénario probable: pour Dick Cheney, Paul Wolfowitz et consorts, il aurait pu faire un excellent Saddam Hussein de substitution. Toujours est-il que la Libye est passée du statut d' »Etat-voyou » à celui de membre quasi-officiel de l' »Axe du Bien ». Gorgé de pétrole, ce qui ne gâte rien.
Mais bon, on ne se refait pas: depuis plus de huit ans, Mouammar-le-facétieux retenait en otages cinq infirmières bulgares et un médecin palestinien. Au cas où.
Officiellement, ces gens étaient condamnés à mort pour avoir inoculé le virus du SIDA à 200 enfants Libyens. Officiellement, ils n’avaient pas encore été exécutés car la justice Libyenne est très procédurière, c’est bien connu. Et cela malgré des aveux circonstanciés, obtenus très spontanément dans l’ambiance bon-enfant d’une prison de Tripoli. Ces infirmières et ce médecin détenus en Libye posaient tout de même un léger problème aux chancelleries occidentales. Car enfin personne ne croyait sérieusement à cette histoire d’inoculation du virus du SIDA (à part les Talibans, peut-être), et çà la foutait mal dans l' »Axe du Bien ». D’autant que le palestinien, se disait-on honteusement, passe encore, mais la Bulgarie fait partie de l’Union Européenne depuis janvier 2007. Difficile de « normaliser » les relations, et c’était bien embêtant car la Libye est riche et a grand soif de produits et services de toute sorte. Et bisque, bisque, rage, se disait Mouammar.
Vous connaissez la suite… Saisissant le dossier et sa femme à bras-le-corps, Sarkozy s’asseoit sur le dossier – quatre mois de négociations menées par l’Union Européenne – et envoie sa femme à Tripoli. Nul ne sait exactement ce qu’elle y fait, toujours est-il qu’au bout de deux voyages, hosanna au plus haut des cieux, les infirmières et le médecin sont libérés. Emoi à Paris, éruption de Sarkomania à Sofia.
Et quelques grincements de dents qui douchent un peu les enthousiasmes : « Non mais, qu’est-ce que c’est que ces manières de faire de la politique étrangère en famille? ». Dès mardi prochain, Bernard Kouchner viendra expliquer à la Commission des affaires Etrangères de l’Assemblée ce qu’a été le rôle exact de Cécilia Sarkozy dans cette affaire. Que va-t’il bien pouvoir leur raconter? Il n’est que Ministre des Affaires Etrangères, il n’a donc absolument pas été impliqué dans l’histoire… On verra bien…
J’ai une théorie sur ce « miracle de Cécilia« , comme le clame France-Dimanche cette semaine. Elle vaut ce qu’elle vaut, je vous la livre: Kadhafi est un autocrate, il ne conçoit pas qu’un quelconque pouvoir politique soit symbolisé par autre chose qu’une personne physique. Il ne « sent pas » quelque chose comme une délégation de l’Union Européenne. « C’est qui, l’Union Européenne, se demande-t’il, je peux l’inviter sous ma tente? » Sarkozy, qui est loin d’être un imbécile, l’a compris: il a laissé entendre qu’il en faisait une affaire personnelle, et l’a prouvé à Kadhafi en faisant accompagner son éminence grise Claude Guéant par sa propre femme. Pas étonnant que Kouchner ait été mis de côté. Mouammar, de son côté, s’est dit qu’il obtiendrait bien davantage en accordant un succès personnel à un président d’un grand pays de l’Union qu’en passant un accord avec d’obscurs hauts fonctionnaires Européens. En ce sens, il faut reconnaître que l’implication de Sarkozy dans cette affaire a été déterminante. Une telle fin – la libération d’otages – justifie bien des moyens dans la forme de la diplomatie… Mais bon, faudrait pas que çà devienne une habitude, sinon autant rétablir la monarchie, direct.
Quant au fond de cette diplomatie, soyons clairs, le preneur d’otages a obtenu gain de cause: un large « dédommagement des familles des victimes », une petite centrale nucléaire par-ci, quelques avions de combat par là (pas d’inquiétude à avoir: c’est un pays de l' »Axe du Bien »)… Avec à la clé la perspective de vendre de l’uranium en plus du pétrole. La Libye est pleinement de retour dans le « concert des nations », comme on dit. Çà vous a quand même une autre gueule que les Talibans avec leurs vingt-deux enturbannés, non?
Bravo, Mouammar. En plus, maintenant, tu as un vrai pote à Paris, qui reviendra te faire des mamours dès qu’il te prendra l’envie de dépenser tes pétro-dollars. Tu vas moins te faire chier, sous ta tente, désormais.
Ciao, belli.

2 réflexions sur “Des mamours à Mouammar

  1. comme d’hab, j’adore…quant à ta théorie et bien j’y souscris entièrement…quand deux megalo se rencontrent ils ne peuvent que s’entendrent…JJAPS : allons voir du coté du Niger ce qui se passe en ce moment…

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